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Port-Gentil : 30 milliards annoncés, 7 000 emplois espérés… le pari de la relance 


Port-Gentil : 30 milliards annoncés, 7 000 emplois espérés… le pari de la relance 

Le chef de l’État, chef du gouvernement Brice Clotaire Oligui Nguema Credit:© 2026 D.R./Le Radar

Le Conseil des ministres réuni à Port-Gentil le 18 septembre 2026 a dressé un constat sévère. Chômage des jeunes, entreprises en difficulté, capitaux qui quittent le pays, ville insuffisamment entretenue, corruption et perte d’attractivité : le chef de l’État a énuméré les maux de la capitale économique. Les habitants les connaissent depuis longtemps. Ils attendent désormais autre chose qu’un diagnostic officiel.

Port-Gentil : 30 milliards annoncés, 7 000 emplois espérés… le pari de la relance

  

Protéger les entreprises, puis passer aux actes

 
Le président Brice Clotaire Oligui Nguema veut mieux encadrer le recouvrement fiscal. Une entreprise devrait être avertie avant qu’une saisie soit pratiquée sur ses comptes. Celle-ci devrait être limitée aux sommes réellement dues et levée rapidement lorsqu’un accord de paiement est conclu. Le gouvernement devra aussi proposer des mesures contre les saisies judiciaires disproportionnées.

 

Ces orientations répondent à une difficulté concrète. Une entreprise privée de toute sa trésorerie peut disparaître avant même que son litige soit tranché. Encore faut-il que les textes annoncés soient adoptés, puis appliqués par les administrations et les huissiers concernés.

 

Le pouvoir reconnaît ainsi des pratiques capables d’étouffer les entreprises. Il lui revient maintenant d’expliquer comment ces abus seront contrôlés et sanctionnés. Une instruction présidentielle ne protège personne si les mêmes méthodes reprennent dès que la délégation officielle a quitté Port-Gentil.

 

Les « forces vives » se résument-elles aux visages connus ?

 
La rencontre présentée comme un échange avec les « forces vives » de l’Ogooué-Maritime appelle une autre observation. Plusieurs anciens responsables ayant exercé sous Omar Bongo Ondimba et Ali Bongo Ondimba y étaient visibles. Leur expérience leur donne toute légitimité pour s’exprimer sur la province. Leur présence ne suffit toutefois pas à représenter ceux qui la font vivre aujourd’hui.

 
Quelle place a été accordée aux jeunes sans emploi, aux femmes, aux salariés, aux syndicats, aux petits entrepreneurs, aux associations et aux acteurs culturels ? Qui a choisi les participants ? Combien ont pu prendre la parole, au-delà des salutations et des photographies ?

 
Ces questions ne prouvent pas que certains groupes ont été exclus. Elles portent sur la qualité de la consultation. Recevoir des personnalités connues ne dispense pas d’écouter celles et ceux qui affrontent chaque jour les difficultés décrites dans le communiqué officiel.

 
Le gouvernement promet que les futurs projets seront définis avec les populations et les autorités locales. Cette concertation devra avoir des participants identifiés, des propositions rendues publiques et une influence réelle sur les décisions. Sans cela, elle restera une formule de plus dans un communiqué.

Trente milliards : pour quels projets et à quelles dates ?

 
Le chef de l’État annonce un effort prévisionnel de 30 milliards de francs CFA : 7 milliards apportés par l’État, 11 milliards issus des mécanismes PID-PIH de Perenco et 12 milliards mobilisés par TotalEnergies. Les deux dernières contributions sont prévues sur cinq ans, après prise en compte d’engagements prioritaires déjà arrêtés.

 
Cette précision change la lecture du chiffre. Les 30 milliards ne constituent pas une somme immédiatement disponible pour tous les projets annoncés.

 
Or la liste est longue : voiries, eau, électricité, marchés, structures de santé, logements, bâtiments administratifs, Foire de Port-Gentil et université Pierre-Louis Agondjo Okawé. Il faut maintenant indiquer le coût de chaque opération, sa source de financement, sa date de démarrage et son responsable. Les habitants doivent pouvoir distinguer les projets financés des projets encore à l’étude.

 
La même exigence vaut pour les deux centrales thermiques censées apporter 50 mégawatts supplémentaires dans les prochains mois, ainsi que pour la station de traitement d’eau envisagée à une cinquantaine de kilomètres de la ville. Pour cette dernière, les études doivent encore préciser la salinité de l’eau et le lieu de captage. Annoncer une infrastructure avant d’avoir achevé ces vérifications oblige à la prudence sur les délais.

 
Le communiqué évoque aussi quelque 7 000 emplois directs et indirects que pourrait générer l’ensemble des projets. Le conditionnel compte. Les habitants de Port-Gentil auront besoin de connaître les métiers concernés, les formations prévues et la part des emplois effectivement accessibles aux jeunes de la province.

Le péage de la route d’Omboué : a-t-on compté les voitures ?

Le gouvernement annonce un péage sur la route Port-Gentil–Omboué, dont les recettes seraient consacrées à l’entretien de cet axe. L’intention peut paraître raisonnable. Encore faudrait-il savoir si elle tient debout financièrement.

 

Combien de véhicules empruntent cette route chaque jour ? Combien feraient effectivement le trajet payant ? Quel serait le coût de construction du péage, puis celui de son fonctionnement, de son personnel et de sa maintenance ? Le communiqué ne donne aucun de ces chiffres.

 

La question est loin d’être secondaire. Port-Gentil vit dans une situation géographique particulière, avec des déplacements terrestres limités vers le reste du pays. Omboué est une petite ville et le trafic sur cet axe ne paraît pas comparable à celui d’une grande route reliant deux centres urbains très peuplés. Si les recettes du péage ne couvrent même pas ses charges, qui paiera la différence ?

 

Ceux qui connaissent cette route savent aussi reconnaître ce qui a été fait. La chaussée, les ponts et les viaducs constituent des réalisations remarquables du régime précédent. Le dire n’enlève rien à la nécessité de prévoir leur entretien. Cela oblige, au contraire, à choisir un financement sérieux pour préserver cet investissement.

 

Avant de dresser une barrière et d’annoncer une nouvelle recette, le gouvernement devrait publier une étude simple : le trafic observé, le tarif envisagé, les recettes attendues et le coût annuel du dispositif. Sans ces données, le péage ressemble davantage à une idée destinée à garnir un communiqué qu’à un modèle économique démontré.

 

La cogestion annoncée entre la mairie de Port-Gentil et la Gendarmerie nationale appelle elle aussi des éclaircissements. Quel sera le rôle exact de chacun ? Qui encaissera l’argent et qui rendra compte de son utilisation ? Les usagers ont le droit de le savoir avant qu’on leur présente la facture.

 

Port-Gentil attend des preuves

 

Le Conseil des ministres a reconnu des difficultés profondes et annoncé des réponses. Il a aussi fixé lui-même une règle utile : chaque projet devra avoir un financement assuré, un calendrier, un responsable et des résultats mesurables. Appliquons cette règle à chacune des annonces faites à Port-Gentil, y compris au péage d’Omboué.

 

La capitale économique a déjà entendu assez de promesses pour savoir qu’un montant annoncé n’est pas un chantier ouvert, qu’un emploi espéré n’est pas un salaire versé et qu’un péage annoncé n’est pas nécessairement une recette.

 

Le Conseil des ministres est venu à Port-Gentil. Il reste à montrer que Port-Gentil a été entendue et que ses réalités ont été étudiées avant de décider pour elle.

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