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Gabon : J’écris trop… par Michel Ongoundou Loundah


Gabon : J’écris trop… par Michel Ongoundou Loundah

Michel Ongoundou Loundah, ancien Sénateur Credit:© 2026 D.R./Le Radar

On lui reproche d’écrire trop. Michel Ongoundou Loundah assume, persiste et renvoie la critique à ceux qui, selon lui, lui fournissent chaque jour de nouvelles raisons d’écrire.

J’écris trop…

Il paraît que ma propension à écrire commence à indisposer certains. À les entendre, cela finirait même par confiner au ridicule.

Je peux entendre la lassitude que suscite parfois l’écrit. Lire exige du temps, de l’attention, un effort de concentration et, souvent, la disponibilité intellectuelle nécessaire pour suivre un raisonnement jusqu’à son terme. Nous vivons désormais au rythme de la vidéo courte, de l’audio, de l’immédiat, parfois même du fast-food de l’information. Les créateurs de contenu ont leur utilité et leur talent. Je me garderais bien de prétendre rivaliser avec eux sur ce terrain.

Mon registre, ce sont les mots.

Et puisque certains trouvent que j’en abuse, qu’ils se rassurent : ils ne savent même pas à quoi ils ont échappé. J’ai encore tellement de choses à dire que, si j’en avais physiquement les moyens, j’écrirais probablement davantage. Le temps, je l’ai. Les sujets aussi. Surtout les sujets. Au Gabon, ils arrivent et s’accumulent malheureusement plus vite que je ne peux écrire.

Alors, que ceux qui se plaignent de ma production ne cherchent pas le coupable du mauvais côté. Qu’ils regardent plutôt ceux qui, chaque jour, m’en fournissent la matière.

Je l’ai déjà dit : je fais ma part. J’allume ma bougie, non pas avec la prétention d’éclairer la nation, mais pour illuminer d’abord ma propre conscience.

À mon âge, avec mon parcours, ce que j’ai vu et vécu de ce pays, ses espérances, ses désillusions et ses rendez-vous manqués, je refuse de détourner les yeux.

Quand des familles passent des nuits sans électricité, quand l’eau devient une préoccupation quotidienne, quand des écoles se dégradent ou ferment, quand nos hôpitaux deviennent des antichambres de la mort, quand des jeunes désespèrent et que la justice elle-même nourrit l’incompréhension, le silence ne peut pas devenir une vertu.

Alors, « tu écris trop » ? Très bien. Mais qu’ai-je écrit de faux ?

Qu’on corrige mes chiffres. Qu’on conteste mes faits. Qu’on réfute mes analyses. Qu’on démontre que je me trompe.

À défaut de pouvoir contester ce que j’écris, on peut toujours compter mes tribunes. C’est moins exigeant : l’arithmétique dispense parfois de l’argumentation.

Che Guevara avait eu cette phrase que je trouve vraiment magnifique : « Il est difficile de dire la vérité lorsqu’on profite du mensonge. »

Tous ceux qui se taisent ne profitent évidemment pas du mensonge. Mais certains silences au Gabon ont leur confort. Une position à préserver. Une proximité à ménager. Une faveur à attendre. Un intérêt à protéger. Ou simplement la tranquillité de celui qui préfère que rien ne bouge tant que les difficultés frappent les autres.

Je ne veux pas de cette tranquillité-là. Et ceux qui voudraient entendre moins de voix critiques se trompent de combat. Il se trouvera toujours des Gabonais pour parler. Toujours des Gabonais pour écrire. On peut tourner en dérision ceux qui argumentent encore. Les fatiguer. Les décourager. Tenter de les marginaliser. Mais les raisons de la colère, elles, resteront.

Et si les voix qui s’efforcent encore de parler sans injurier sont étouffées, d’autres prendront le relais. Plus furieuses. Plus brutales. Surtout plus injurieuses. Et elles se multiplieront.

Je ne sais pas injurier. Je ne veux pas apprendre. Je préfère les faits, les arguments et la contradiction. Avec mes convictions, mes colères et mes erreurs possibles.

On peut casser le thermomètre. La fièvre reste.

Alors oui, j’écris beaucoup. Mais ceux que cela dérange devraient peut-être adresser leurs doléances à la bonne adresse. Pas à celui qui écrit sur les problèmes. Mais à ceux qui les fabriquent, les entretiennent ou refusent de les régler.

Et puisque le reproche m’est fait, autant prévenir : je vais continuer. Tant que j’en aurai la force, j’écrirai. Jusqu’au jour où l’on me démontrera, faits à l’appui, que mes tribunes font davantage de mal à notre société que les coupures d’électricité qui se prolongent et se multiplient, les robinets sans eau, nos hôpitaux en souffrance, notre école qui se dégrade, nos routes qui se défont et tant d’autres maux dont les Gabonais paient chaque jour le prix.

Ce jour-là, promis, je réfléchirai sérieusement à écrire moins.

Pour ma part, je continuerai à allumer ma petite bougie.

Non pour éclairer le Gabon.

Simplement pour ne pas laisser ma conscience dans le noir.

 

Michel Ongoundou Loundah

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