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Mulundu — la dolomie, la terre et les comptes


Mulundu — la dolomie, la terre et les comptes

Michel Ongoundou Loundah, ancien Sénateur Credit:© 2026 D.R./Le Radar

À Mulundu, la dolomie est exploitée depuis plusieurs années. Sous quel titre, pour quels tonnages et quelles retombées locales ? Dans cette tribune, Michel Ongoundou Loundah demande des comptes et ouvre une piste qui touche directement à notre souveraineté alimentaire : une dolomie capable de corriger l’acidité de certains sols et de les enrichir pourrait aussi aider le Gabon à mieux cultiver ses terres, produire davantage localement et réduire sa dépendance aux importations alimentaires.

Mulundu — la dolomie, la terre et les comptes

Mon voyage à Lastoursville risque décidément de se prolonger. Cette fois, je fais une petite incursion sur le terrain minier, avec une richesse dont on parle peu : la dolomie de Mulundu.

Je le confesse d’emblée, je ne suis ni géologue, ni agronome, ni ingénieur des mines. Mais, en échangeant avec des personnes qui connaissent ces questions, j’ai tiré quelques enseignements que je livre ici. Ce texte, volontairement court, a, comme les précédents, vocation à ouvrir le débat.

Une richesse sous nos pieds

Depuis des décennies, nos dirigeants proclament l’agriculture « priorité des priorités ». Cela remonte à Omar Bongo. Ils nous parlent d’après-pétrole, de diversification de notre économie et, désormais, d’autosuffisance alimentaire. Pourtant, certains des moyens nécessaires à cette noble ambition existent déjà dans notre sous-sol.

La dolomie en est un exemple. Lorsqu’elle présente les caractéristiques requises et qu’elle est correctement préparée, elle peut être utilisée comme amendement agricole, notamment pour corriger l’acidité des sols et leur apporter du calcium et du magnésium.

À Lastoursville, cette question prend une résonance particulière. Nous avons déjà parlé de la qualité de sa banane et du potentiel agricole de Mulundu. Pourquoi cette dolomie ne ferait-elle pas, elle aussi, partie de la réflexion ? L’usage industriel et l’usage agricole ne sont pas incompatibles. Comilog utilise la dolomie de Lastoursville comme intrant au Complexe métallurgique de Moanda pour la fabrication du silico-manganèse. Le gouvernement l’avait officiellement confirmé devant l’Assemblée nationale en mai 2021. Rien n’empêche donc d’étudier parallèlement, après analyses et essais agronomiques, les quantités qui pourraient être destinées à nos agriculteurs.

Nous parlons beaucoup d’agriculture. Commençons aussi par regarder ce que notre sous-sol peut apporter à nos champs.

Mais avant d’envisager de nouveaux usages de cette ressource, encore faut-il savoir dans quel cadre elle est aujourd’hui exploitée. Et, sur ce point, les dates et les actes administratifs disponibles méritent quelques éclaircissements.

Une autorisation qui appelle aujourd’hui des explications

L’histoire administrative de cette carrière est documentée.

Comilog a obtenu, par l’arrêté n°00201/MEIM/SG/DGPEM/DCMAE/SCM du 18 juillet 2016, l’autorisation temporaire de carrière G7-83, dite « Carrière de dolomie », pour une durée de deux ans, renouvelable deux fois. Un premier renouvellement de deux ans est intervenu par arrêté n°00202/MEIM/SG/DGPEM/DCMAE/SCM du 27 décembre 2018.

Le régime a ensuite évolué avec le nouveau Code minier. Le rapport ITIE du Gabon pour 2022 mentionne, pour G7-83, une attribution à Comilog en date du 27 septembre 2022, pour trois ans, sur une superficie de 2,106 km2, avec une échéance fixée au 26 septembre 2025.

Nous sommes en septembre 2026. L’administration minière devrait donc expliquer publiquement sous quel titre l’exploitation de G7-83 se poursuit aujourd’hui, si elle se poursuit, et rendre accessible l’acte qui aurait renouvelé ou remplacé l’autorisation arrivée à échéance en septembre 2025.

Publiez les tonnages !

Mais l’essentiel est ailleurs. En 2021, le gouvernement affirmait que la dolomie extraite à Lastoursville n’était pas exportée et qu’elle était exclusivement utilisée par le Complexe métallurgique de Moanda. Il précisait également que les quantités extraites étaient soumises à une taxe d’extraction. Nous demandons donc des explications simples.

Que l’administration publie les tonnages de dolomie extraits à Mulundu depuis 2016, année par année, ainsi que les quantités effectivement livrées et consommées par le Complexe métallurgique de Moanda.

Cette transparence est d’autant plus nécessaire que l’exploitation génère des prélèvements. Comilog indique aujourd’hui que 15 % de la taxe d’extraction des carrières, dont G7-83 à Lastoursville, alimentent le Fonds de développement des communautés locales.

Les habitants de Mulundu doivent donc pouvoir savoir ce qui est extrait de leur sous-sol, ce que cela rapporte et ce qui revient effectivement à leur territoire.

De la mine au champ

Cette petite incursion minière ouvre finalement deux débats.

Le premier concerne la transparence sur l’exploitation d’une ressource nationale. Nous demandons les titres en vigueur, les tonnages extraits, leur destination et les retombées pour les populations locales.

Le second regarde vers l’avenir. Nous demandons que soit sérieusement étudiée la possibilité d’utiliser une partie de cette dolomie dans l’agriculture gabonaise.

Nous parlons d’après-pétrole depuis des décennies. Nous parlons d’autosuffisance alimentaire presque chaque jour.

À Mulundu, une partie de la réponse se trouve déjà sous nos pieds.

Michel Ongoundou Loundah

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