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Conseil supérieur de la magistrature : un renouvellement qui suscite des interrogations


Conseil supérieur de la magistrature : un renouvellement qui suscite des interrogations

Photo de famille Credit:© 2026 D.R./Le Radar

Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), réuni le 16 septembre 2026 à Port-Gentil, dans l’Ogooué-Maritime, a procédé à un vaste mouvement au sein de l’appareil judiciaire gabonais. Promotions, réintégrations et nouvelles affectations ont rythmé cette session, avec notamment 57 promotions et sept réintégrations.
Sur le papier, le mouvement est conséquent. Reste désormais à savoir si le changement des hommes produira aussi un changement dans les pratiques.

Conseil supérieur de la magistrature : un renouvellement qui suscite des interrogations

  

La justice gabonaise traîne depuis longtemps les mêmes maux : lenteur des procédures, difficulté à faire exécuter certaines décisions, défiance d’une partie de l’opinion et sentiment persistant que l’institution ne fonctionne pas toujours avec la même célérité pour tous.

 

De nouveaux visages à la tête des institutions judiciaires

Plusieurs postes importants changent de titulaires.

 
Institution| Fonction| Magistrat désigné

Cour des comptes| Premier président| Pamphile Moussavou Ibouanga

Cour de cassation| Président| André Wora Alonda

Cour de cassation| Présidente de chambre| Marie Blanche Boumbendje Ngonde, épouse Mbabiri

Conseil d’État| Commissaire général à la loi| Jean-Gaspard Mintsa Ondo

Conseil d’État| Présidents de chambre| Edwige Midepani Bakele et Hervé Biba Nzengue

Secrétariat permanent du CSM| Secrétaire permanente| Anita Edwige Mebiame, épouse Koumbi Guiyedi

Secrétariat permanent du CSM| Conseillers| Hervé Vendakambano et Alex Euv Moutsiangou

École nationale de la magistrature| Président du conseil d’administration| Juste Basile Lessa

École nationale de la magistrature| Directrice de la formation initiale| Lynda Nsa Bekale

 
L’ampleur du mouvement autorise certains observateurs à parler de « grand nettoyage ». L’expression est spectaculaire. Elle devra surtout résister à l’épreuve des faits. Dans une institution judiciaire, changer les noms sur les portes ne suffit pas à réformer la maison.

 
La Cour des comptes, le changement qui interpelle

 

Une nomination retient particulièrement l’attention : celle de Pamphile Moussavou Ibouanga à la tête de la Cour des comptes, en remplacement d’Alex Euv Moutsiangou.

 
Le calendrier ne pouvait guère passer inaperçu.

 
Quelques jours auparavant, Alex Euv Moutsiangou avait placé sur la place publique un dossier particulièrement sensible : environ 1 700 milliards de FCFA de débets et d’amendes prononcés au fil des années par la juridiction financière, dont une partie reste à recouvrer.

 
Son remplacement intervient donc au moment même où cette affaire commence à provoquer de sérieuses interrogations dans l’opinion.

 
Il serait hasardeux d’établir, sans élément probant, un lien de cause à effet entre ce dossier et son départ de la présidence de la Cour. Rien ne permet, à ce stade, de présenter cette nomination comme une conséquence des révélations sur les 1 700 milliards.

 
Mais le calendrier, lui, existe. Et il interpelle.

 
D’autant qu’Alex Euv Moutsiangou ne quitte pas l’institution judiciaire : il est nommé conseiller au Secrétariat permanent du Conseil supérieur de la magistrature.

Une image de la salle

 
Le véritable enjeu est donc ailleurs. Le changement intervenu à la tête de la Cour des comptes ne doit surtout pas devenir le changement de sujet.

Les 1 700 milliards ne disparaissent pas avec celui qui en a publiquement parlé.

Changer les magistrats ne suffira pas

 
Ce mouvement au sein de la magistrature pourra être présenté comme le signe d’un renouvellement. Il ne prendra cependant tout son sens que si les méthodes évoluent avec les hommes.

Les justiciables jugeront sur des résultats autrement plus concrets : des procédures moins interminables, des décisions effectivement exécutées, une justice financière capable de recouvrer les sommes dues à l’État et une institution suffisamment indépendante et crédible pour ne pas laisser les dossiers sensibles s’éteindre au gré des nominations.

Car le véritable test commence maintenant.

À la Cour des comptes notamment, les Gabonais attendront de savoir ce que deviendront ces fameux 1 700 milliards de FCFA. Qui doit quoi ? Combien a déjà été recouvré ? Combien reste réellement à récupérer ? Et surtout, quelles suites seront données aux décisions demeurées inexécutées ?

Un mouvement de magistrats peut modifier un organigramme.

Pour restaurer la confiance dans la justice, il faudra davantage : des actes, des résultats et des comptes.

Par Patrick Essone Endamne

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