Michel Ongoundou Loundah Credit:© 2026 D.R./Le Radar
Le Gabon a du pétrole, le Togo n’en a pas. Mais quand le Gabon manque de carburant, c’est Lomé qui vient rappeler à Libreville qu’avoir du pétrole sous les pieds ne dispense pas d’avoir des idées dans la tête.
Le pétrole gabonais fait le détour par Lomé
Le chiffre est presque cruel.
Au premier trimestre 2024, les commandes gabonaises adressées au Togo ont bondi de 195,8 %. Avec 22,1 % des importations gabonaises , le Togo devenait alors notre premier fournisseur, devant la France et la Chine. Parmi les marchandises concernées figuraient des produits pétroliers.
Le paradoxe mérite qu’on s’y arrête : le Togo ne produit pas de pétrole.
Il a fait autre chose. Il a développé son port, structuré ses circuits logistiques et transformé sa position géographique en avantage économique. Lomé est ainsi devenue une plateforme régionale de transbordement et de réexportation capable, notamment, d’acheminer des produits pétroliers vers des pays qui, eux, disposent de pétrole dans leur sous-sol.
C’est toute la différence entre posséder une ressource et savoir en faire une richesse.
Le Gabon produit du pétrole depuis des décennies. Mais ces derniers jours, le gasoil a disparu de nombreuses stations. Il revient à peine, encore irrégulièrement et sous rationnement, que l’essence commence à manquer à son tour. Demain, ce sera peut-être le gaz.
Pendant que d’autres pays transforment leurs contraintes en avantages, nous consacrons une énergie considérable au Ndjobi et à bien d’autres sujets qui ne remplissent ni les cuves, ni les dépôts, ni les stations-service.
Le pétrole n’est donc pas nécessairement la première richesse d’un pays. La matière grise peut valoir davantage que le sous-sol. L’intelligence, l’organisation, l’anticipation et la qualité des ressources humaines permettent parfois à ceux qui n’ont pas la matière première de tirer davantage profit de l’économie pétrolière que ceux qui la possèdent.
Le Togo, sans pétrole, en apporte une démonstration assez saisissante.
Le Gabon, pays pétrolier, ressemble aujourd’hui au poisson chanté par Pierre Akendenge : il meurt de soif dans l’eau.
Nous avons le pétrole.
Reste à savoir quoi en faire.
Michel Ongoundou Loundah