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Punaises dans un train de la Setrag : au-delà des excuses, l’état du transport des voyageurs en question


Punaises dans un train de la Setrag : au-delà des excuses, l’état du transport des voyageurs en question

L’opération de nettoyage du train Credit:© 2026 D.R./Le Radar

Des punaises dans un train de voyageurs. L’incident pourrait presque prêter à sourire s’il ne venait pas rappeler une réalité beaucoup moins anecdotique : les conditions dans lesquelles voyagent aujourd’hui les passagers du Transgabonais.
 

Punaises dans un train de la Setrag : au-delà des excuses, l’état du transport des voyageurs en question

 
La Société d’exploitation du Transgabonais (Setrag) a reconnu la présence de punaises dans l’un de ses trains voyageurs. Dans un communiqué, l’opérateur indique prendre la situation « très au sérieux » et présente ses « sincères excuses aux voyageurs affectés ».

 

 Des opérations de traitement doivent être menées dans le train concerné et des vérifications sont annoncées afin de déterminer les circonstances de cet incident.

 La Setrag affirme par ailleurs procéder régulièrement à des traitements spécialisés dans ses trains et présente cette situation comme inhabituelle.

 
Mais au-delà de cet épisode particulièrement désagréable, l’incident devrait être l’occasion d’ouvrir une réflexion beaucoup plus large sur l’état du transport ferroviaire des voyageurs au Gabon.


Un service qui s’est dégradé au fil des années

 
Le Transgabonais n’a pas toujours offert à ses passagers le niveau de service que l’on connaît aujourd’hui.

 Il fut un temps où les voyageurs pouvaient emprunter des voitures-couchettes et disposer de voitures-restaurants. Le train n’était certes pas un palace roulant, mais le voyageur bénéficiait de prestations et de commodités qui ont progressivement disparu ou se sont considérablement réduites.

 Au fil des années, le sentiment d’une dégradation du service s’est installé. L’état de certaines commodités, le confort à bord, les conditions d’attente et la qualité générale du voyage méritent désormais une véritable évaluation.

 Les punaises signalées aujourd’hui ne constituent donc pas, à elles seules, le problème. Elles en deviennent plutôt le révélateur embarrassant.

 
Le chemin de fer ne transporte pas que du minerai

 
C’est peut-être aussi aux pouvoirs publics de regarder différemment le Transgabonais.

 Le chemin de fer gabonais constitue un axe économique stratégique, notamment pour l’évacuation du manganèse et d’autres ressources minières. Cette fonction est essentielle à l’économie nationale.

 Mais sur ces mêmes rails circulent aussi des hommes, des femmes, des enfants, des personnes âgées, des malades et des familles entières.

 Le Transgabonais n’est pas seulement un corridor minier. C’est également un service de transport public indispensable à des milliers de Gabonais, notamment pour les populations de l’intérieur du pays.

 Cette dimension humaine paraît trop souvent reléguée derrière les impératifs économiques liés au transport des minerais.

 
Voyager dignement est aussi une question de sécurité

 
Ces derniers temps, des malaises de voyageurs et des pertes en vies humaines ont été rapportés au cours de déplacements ferroviaires.

 Il serait irresponsable d’établir, sans éléments médicaux ou conclusions d’enquête, un lien de causalité entre ces drames et les conditions de transport. Mais il serait tout aussi imprudent de considérer que la question du confort des voyageurs est secondaire.

 Une personne âgée, un voyageur souffrant de certaines pathologies ou présentant des comorbidités ne supporte pas nécessairement un long trajet dans les mêmes conditions qu’un jeune adulte en bonne santé.


Le communiqué de Setrag

Le confort, la ventilation, l’hygiène, l’accès à l’eau, la disponibilité de sanitaires convenables, la possibilité de se restaurer et, plus largement, les conditions générales du voyage peuvent devenir des enjeux importants lorsqu’un trajet dure plusieurs heures.

C’est pourquoi la question dépasse largement celle de quelques punaises.

 
Repenser le transport ferroviaire des voyageurs

 
Il faut également regarder ce qui se passe avant et après le train.

De nombreuses gares sont éloignées des centres urbains, ce qui impose aux voyageurs des déplacements supplémentaires et parfois difficiles. La réflexion devrait donc porter sur l’ensemble de la chaîne : accès aux gares, conditions d’attente, accueil, sanitaires, restauration, embarquement, confort à bord et prise en charge des personnes vulnérables.

La Setrag devra naturellement tirer les enseignements de l’incident qu’elle vient elle-même de reconnaître. Mais le débat ne peut pas reposer sur l’entreprise seule.

L’État, en tant que puissance publique, doit aussi se demander quel service ferroviaire il souhaite offrir aux Gabonais dans les prochaines années.

Le développement du secteur minier exige des trains, des locomotives, des voies entretenues et des capacités croissantes d’évacuation du minerai. Les voyageurs, eux aussi, ont droit à une ambition.

Peut-être est-il temps d’envisager une véritable politique de modernisation du transport ferroviaire des passagers, avec des exigences précises en matière d’hygiène, de confort, de sécurité et de qualité de service.

Les punaises disparaîtront probablement après désinfection du train concerné.

La question de fond, elle, restera sur les rails : quelle place le Gabon veut-il encore réserver aux voyageurs dans son chemin de fer ?

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