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Gabon : Jusqu’où pousseront-ils le sacrilège


Gabon : Jusqu’où pousseront-ils le sacrilège

Michel Ongoundou Loundah Credit:© 2026 D.R./Le Radar

Au Gabon, le pouvoir serait-il désormais autorisé à réécrire les lois après leur adoption ? À ce rythme, le Journal officiel risque de devenir le brouillon personnel des nouveaux maîtres du pays. Même la Constitution n’échappe pas aux soupçons de manipulation. Dans cette tribune au vitriol, Michel Ongoundou Loundah dénonce une dérive vertigineuse : celle d’un régime qui semble confondre la République avec un butin de guerre.

Jusqu’où pousseront-ils le sacrilège ?

 

On croyait avoir touché le fond de la désinvolture dans la conduite des affaires publiques. Chaque jour, pourtant, les limites de l’inacceptable, de l’inconcevable et de l’inadmissible semblent reculer encore.

Jusqu’où iront-ils ?

 

Cette fois, c’est le Journal officiel, ce document dans lequel la République consigne et publie ses lois, qui se retrouve au cœur d’une controverse d’une exceptionnelle gravité.

Raymond Ndong Sima, ancien Premier ministre, vient de soulever la question de possibles différences entre des textes adoptés et leurs versions publiées au Journal officiel.

Avant lui, Geoffroy Foumboula Libeka Makosso, ancien député de la Transition, ainsi que le COP-RESOC, une organisation de la société civile, avaient déjà dénoncé des anomalies concernant la loi relative à la Commission nationale de la démocratie et de la participation citoyenne, notamment sur la représentation de la société civile.

Les accusations se succèdent. Elles touchent désormais à l’un des fondements de la République : l’intégrité de ses lois.

 

Même la Constitution avait été mise en cause

 

Le plus inquiétant est que les soupçons ne datent pas d’aujourd’hui.

En janvier 2025, le collectif Gabon 2025 dénonçait déjà des différences entre le texte de la Constitution soumis au référendum du 16 novembre 2024 et celui publié au Journal officiel le 19 décembre. Le mouvement ADS avait également soulevé des interrogations sur plusieurs dispositions.

Ainsi, même la Constitution, texte fondateur de la nouvelle République, aurait subi des modifications entre son adoption et sa publication au Journal officiel.
Mesurons la gravité d’une telle accusation. Si le texte constitutionnel lui-même peut être suspecté d’avoir été retouché après son adoption, quelle confiance accorder aux autres lois ?

Et voici que de nouvelles contestations viennent s’ajouter aux précédentes.

 

Un véritable sacrilège républicain

 

Dans une République qui se respecte, le Journal officiel devrait être entouré d’une autorité sacrée. Il constitue la référence authentique des textes qui régissent la vie de la nation. On doit pouvoir le consulter avec la certitude d’y retrouver fidèlement les décisions régulièrement adoptées.

Toucher délibérément à un texte après son adoption, pour en modifier la substance avant sa publication, relève d’un véritable sacrilège républicain.

C’est profaner l’un des fondements de l’État de droit.
Une Constitution contestée dans sa version publiée, des ordonnances dont la conformité est mise en doute, une loi de ratification également mise en cause. La répétition de ces accusations finit par installer un soupçon autrement plus dévastateur que chacune d’elles.

Celui d’un pouvoir qui pourrait considérer les textes adoptés comme une matière encore disponible, susceptible d’être remaniée au gré des intérêts du moment.

Le Journal officiel deviendrait alors le dernier atelier de fabrication de la loi, après le vote des représentants du peuple.

Quelle autorité pourrait encore revendiquer une loi dont l’authenticité serait devenue suspecte ?

Lorsqu’un ancien Premier ministre en vient lui-même à soulever publiquement de telles interrogations, le malaise institutionnel prend une dimension particulière.

 

Le Gabon, une prise de guerre ?

 

Mais cette affaire va bien au-delà du seul Journal officiel. Elle vient nourrir un sentiment de plus en plus préoccupant, celui d’un pays dont les nouveaux maîtres semblent parfois disposer comme d’une prise de guerre.

Le Gabon serait-il devenu un butin dont les vainqueurs pourraient disposer à leur guise ?

La logique du butin est brutale. On s’empare, on se partage, on dépouille, on abaisse, on humilie. Les institutions deviennent des accessoires de la victoire. Les règles, des obstacles à contourner.
Chaque jour semble repousser un peu plus les frontières de ce que l’on croyait impossible.
Après la mainmise sur les institutions, faudrait-il désormais redouter celle des textes qui les régissent ?

Une élection, pas plus qu’un changement de régime, ne délivre de titre foncier sur la République.

Le Gabon appartient aux Gabonais. Il n’est le butin de personne.

 

Nous paierons tous la facture

 

Ceux qui se croient aujourd’hui à l’abri devraient y réfléchir. Ceux qui applaudissent, ceux qui se taisent parce qu’ils ont trouvé leur compte dans le régime, ceux qui s’imaginent protégés par leur proximité avec le pouvoir.

Personne, dans ce pays, ne dispose d’une assurance contre l’arbitraire de demain.

Lorsque les règles deviennent incertaines, lorsque la loi elle-même cesse d’inspirer confiance, personne ne peut durablement se croire protégé.

Tôt ou tard, nous paierons tous la facture. Tous. Même ceux qui pensent aujourd’hui pouvoir s’y soustraire.
On peut gagner une bataille politique et perdre, collectivement, la République.

Et nul ne sera longtemps à l’abri derrière les ruines d’un État traité comme un butin de guerre.

 

Michel Ongoundou Loundah

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