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Mortalité maternelle au Gabon : des consultations aux urgences, le système de santé à l’épreuve des résultats


Mortalité maternelle au Gabon : des consultations aux urgences, le système de santé à l’épreuve des résultats

Image illustration ( Internet) Credit:© 2026 D.R./Le Radar

Une consultation prénatale, un accouchement assisté et un retour à domicile ne suffisent pas toujours à garantir la sécurité d’une mère. Au Gabon, 59 décès maternels ont été enregistrés en 2025 dans les structures hospitalières civiles, contre 50 en 2024. Cette évolution invite à examiner l’ensemble du parcours de soins, depuis le suivi de la grossesse jusqu’à la surveillance postnatale, en passant par la prise en charge des urgences obstétricales. Car lorsqu’une complication survient, la disponibilité du personnel, des équipements et des traitements peut être déterminante. Comment le système de santé gabonais répond-il à ces situations critiques ? C’est l’une des questions au cœur de ce dossier.

Mortalité maternelle au Gabon : des consultations aux urgences, le système de santé à l’épreuve des résultats

 

59 décès maternels enregistrés en 2025 dans les structures hospitalières civiles, contre 50 en 2024. Alors que les consultations prénatales et les accouchements assistés affichent des niveaux élevés, cette hausse interroge la capacité du système de santé à prévenir les complications et à intervenir à temps. Au-delà des stratégies annoncées, une question demeure : comment transformer l’accès aux soins en une véritable garantie de survie pour les femmes enceintes et les nouvelles mères ?

 

Des chiffres qui interpellent

 

Le signal mérite attention. Selon les données attribuées à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 59 décès maternels ont été enregistrés en 2025 dans les structures hospitalières civiles du Gabon, contre 50 en 2024. Cela représente neuf décès supplémentaires, soit une hausse de 18 %.

 

Cette évolution soulève des interrogations sur l’efficacité de la prise en charge obstétricale, notamment lorsqu’une complication survient pendant la grossesse, au moment de l’accouchement ou dans les jours qui suivent.

 

Une précision reste toutefois indispensable : ces chiffres correspondent aux décès enregistrés dans les structures hospitalières civiles. Ils ne représentent pas nécessairement la totalité des décès maternels survenus dans le pays. Ils ne permettent pas non plus, à eux seuls, d’établir les causes de cette hausse.

 

Pour comprendre la situation, il faut donc examiner plusieurs dimensions : l’accès aux soins, la qualité de la prise en charge, la disponibilité des ressources médicales, les délais d’intervention et le suivi des femmes après l’accouchement.

 

Une couverture sanitaire élevée, mais des questions persistantes

 

Sur le papier, plusieurs indicateurs témoignent d’un accès important aux services de santé maternelle.

 
Selon les données citées de l’Enquête démographique et de santé (EDS), environ 97 % des femmes enceintes bénéficient de consultations prénatales auprès de personnel qualifié, tandis que 95 % des accouchements sont assistés par du personnel de santé qualifié.

 

https://gabon.unfpa.org/fr/topics/s...

Les données de l’EDS

 
Ces proportions traduisent une couverture élevée de services essentiels. Mais elles ne renseignent pas, à elles seules, sur la qualité des soins dispensés ni sur la capacité des établissements à prendre en charge les urgences obstétricales.

 
Une femme peut avoir bénéficié de consultations prénatales et accouché dans une structure sanitaire sans que toutes les complications éventuelles soient nécessairement détectées ou traitées à temps.

 
La question n’est donc pas seulement de savoir combien de femmes accèdent aux soins, mais aussi de déterminer si elles reçoivent, au bon moment, les interventions dont elles ont besoin.

 

Le véritable test : la prise en charge des urgences

 

Les complications obstétricales peuvent évoluer rapidement. Les hémorragies, les infections sévères, les troubles hypertensifs liés à la grossesse ou certaines complications de l’accouchement nécessitent parfois une intervention immédiate.

 

Dans ces circonstances, chaque maillon de la chaîne de soins compte : personnel disponible, médicaments essentiels, produits sanguins, équipements fonctionnels, capacité chirurgicale et organisation des évacuations sanitaires.

 

La surveillance après l’accouchement est tout aussi importante. La naissance de l’enfant ne signifie pas que les risques pour la mère ont disparu.

 

Un père témoigne ainsi de l’inquiétude vécue après la naissance de son enfant en Libreville :

 

« J’ai failli perdre ma femme. Elle avait déjà accouché, mais elle se plaignait de douleurs. Grâce à la vigilance d’une sage-femme, il a été constaté que le placenta n’avait pas été complètement retiré. » a témoigné Mr B, âgé de la trentaine. 

 

Ce récit illustre l’importance de la surveillance postnatale et de la prise en compte des symptômes signalés par les patientes. Il ne permet cependant pas, à lui seul, de conclure à une faute médicale ou de généraliser cette expérience à l’ensemble des maternités du pays.

 

Il pose néanmoins une question essentielle : les femmes bénéficient-elles toutes d’une surveillance suffisante après l’accouchement, y compris lorsque les premières heures semblent s’être déroulées normalement ?

 

Ogooué-Maritime : des décès qui appellent des éclaircissements

 

En octobre 2026, un média local a rapporté que dix femmes seraient décédées depuis janvier dans la province de l’Ogooué-Maritime dans le cadre de leur parcours de maternité.

 


 

Une capture du média en ligne OMI

 

L’antenne provinciale de l’Association des sages-femmes du Gabon estime que huit de ces décès auraient pu être évités.

 

Ces informations doivent être confrontées aux données officielles et documentées pour permettre d’en comprendre la portée. La notion de décès évitable suppose notamment d’examiner les circonstances médicales, les délais de prise en charge et les éventuelles défaillances intervenues dans le parcours de soins.

 

Si ces estimations sont confirmées, elles soulèveraient une question majeure pour les autorités sanitaires : quels mécanismes permettent d’analyser les décès maternels, d’en identifier les causes et de prévenir leur répétition ?

 

La publication de données consolidées, accompagnées d’analyses des causes et des mesures correctives, permettrait de mieux apprécier la situation dans cette province comme dans le reste du pays.

 

Le décès de Rudy Hombenet Anvingui ravive les interrogations

 

La mort de la journaliste Rudy Hombenet Anvingui, du quotidien L’Union, a également ravivé les interrogations sur la prise en charge des femmes après l’accouchement.

 

Âgée de 38 ans, elle est décédée dans la nuit du 26 au 27 août 2026 à Libreville, quelques jours après avoir donné naissance à une fille.

 

Cette disparition a suscité une vive émotion et rappelé la vulnérabilité de certaines femmes pendant la période post-partum.

 

Toutefois, les circonstances précises de ce décès doivent être établies à partir d’éléments médicaux fiables et, le cas échéant, des conclusions des autorités compétentes. En l’absence de telles informations, il serait prématuré d’attribuer cette disparition à une défaillance particulière ou d’en tirer une conclusion générale sur la qualité des soins.

 

Ce cas rappelle néanmoins l’importance d’un suivi médical qui ne s’arrête pas à la sortie de la maternité.

 

Un paradoxe à mieux documenter

 

Les données citées dans l’EDS font état d’une couverture élevée des consultations prénatales et des accouchements assistés. Pourtant, le taux de mortalité maternelle au Gabon est estimé à 399 décès pour 100 000 naissances vivantes, contre 316 pour 100 000 en 2012.

 

Ces chiffres doivent être interprétés avec prudence, en tenant compte des années de référence, des méthodes de calcul et de la nature des données utilisées.

 

Le nombre de décès recensés dans les structures hospitalières civiles et le taux de mortalité maternelle ne mesurent pas la même réalité. Le premier correspond à un décompte dans un périmètre déterminé, tandis que le second rapporte les décès maternels aux naissances vivantes selon une méthodologie statistique définie.

Ils ne peuvent donc pas être comparés directement.

Leur rapprochement fait toutefois ressortir un enjeu central : une couverture élevée des services de santé ne garantit pas automatiquement une prise en charge efficace des complications.

 

L’accès aux consultations prénatales et à un accouchement assisté constitue une condition essentielle, mais d’autres facteurs interviennent dans la prévention des décès : qualité des soins, rapidité du diagnostic, disponibilité des traitements et continuité du suivi médical.

 

C’est précisément sur ces dimensions que les politiques publiques doivent également être évaluées.

 

Le gouvernement annonce un plan d’urgence

 


Une capture de « Mbolo santé » , un magazine de santé de l’OMS Gabon

 

Face à cette situation, les autorités sanitaires annoncent vouloir accélérer la riposte.

 

En avril 2026, un atelier stratégique consacré à la réduction de la mortalité maternelle a été organisé à Libreville avec l’appui des Nations unies et de la Fondation Ma Bannière.

 

Entre avril et juin, l’OMS a accompagné le gouvernement dans la finalisation et la validation d’un Plan d’urgence de réduction de la mortalité maternelle.

 

Les mesures annoncées portent notamment sur le renforcement de la gouvernance sanitaire, l’amélioration des plateaux techniques des maternités, le développement des compétences des personnels de santé, la protection des adolescentes et des jeunes femmes ainsi que l’amélioration de la prise en charge des urgences obstétricales.

 

La ministre de la Santé, Pr Elsa Nkana Joséphine Ayo, a notamment appelé, dans les médias, à regarder cette réalité « en face, sans complaisance ».

 

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Suivre le reportage sur le plan d’urgence

 

Ces orientations constituent une réponse institutionnelle annoncée. Mais leur portée dépendra de leur traduction concrète dans les établissements de santé : quels moyens seront mobilisés ? Quelles structures seront prioritaires ? Selon quel calendrier ? Et à partir de quels indicateurs les résultats seront-ils mesurés ?

 

Autant de questions auxquelles la mise en œuvre du plan devra apporter des réponses précises.

 

Des initiatives anciennes, des résultats à mesurer

 

La lutte contre la mortalité maternelle n’est pas une préoccupation nouvelle au Gabon.

 

En 2011, la Fondation Sylvia Bongo Ondimba pour la famille lançait le programme « Tous unis pour la santé de la mère et de l’enfant ».

 

En 2014, un diagnostic national de la situation des maternités avait été réalisé dans les neuf provinces du pays, en partenariat avec l’ONG AMREF, le ministère de la Santé et plusieurs agences des Nations unies.

 

L’étude avait porté sur 89 structures de santé, 200 prestataires et plus de 1 500 femmes enceintes.

 

Plusieurs priorités avaient alors été identifiées : les consultations prénatales, l’assistance qualifiée à l’accouchement, les soins obstétricaux d’urgence et les soins postnataux.

 

Plus de dix ans après, l’enjeu est de déterminer les progrès accomplis, les difficultés persistantes et les mesures qui n’auraient pas produit les résultats attendus.

 

Les initiatives successives ne peuvent être évaluées uniquement à partir de leurs objectifs ou des activités réalisées. Leur impact doit aussi être apprécié à travers des données comparables sur l’évolution des décès maternels, l’amélioration des capacités des maternités et la prise en charge effective des complications.

 

La question de la continuité des politiques publiques se pose donc avec acuité : quelles recommandations formulées au cours des précédentes années ont été appliquées ? Lesquelles restent en attente ? Et quels enseignements ont été tirés des difficultés rencontrées ?

 

L’après-accouchement, un maillon à ne pas négliger

 

La période qui suit la naissance constitue une étape déterminante de la prise en charge maternelle.

 

Certaines complications peuvent apparaître ou s’aggraver après l’accouchement, alors même que la mère et son entourage pensent que l’essentiel des risques est passé.

 

La surveillance clinique, la détection des signes d’alerte et l’accès rapide à une intervention adaptée sont donc indispensables.

 

L’information des femmes et de leurs familles compte également. Elles doivent pouvoir identifier les symptômes préoccupants, savoir quand consulter et connaître les modalités de recours aux services d’urgence.

 

Mais la sensibilisation ne suffit pas si les structures de santé ne disposent pas des moyens humains et matériels nécessaires pour répondre aux situations critiques.

 

La prévention des décès maternels repose ainsi sur une responsabilité partagée : informer les patientes, assurer un suivi approprié et garantir une réponse médicale effective lorsque survient une complication.

 

Au-delà des annonces, la preuve des
résultats

 


 

Une capture de l’article de Gabon24 en ligne

 

Les 59 décès maternels enregistrés en 2025 dans les structures hospitalières civiles, contre 50 en 2024, constituent un signal qui mérite une analyse approfondie. Ils ne suffisent pas à expliquer les causes de cette évolution, mais justifient que les autorités sanitaires rendent compte des mécanismes de prévention, de surveillance et de prise en charge mis en place.

 

Pour éclairer le débat public, plusieurs informations seraient particulièrement utiles : les causes médicales des décès recensés, leur répartition géographique, la proportion de décès considérés comme évitables après analyse, les délais d’intervention et les moyens effectivement disponibles dans les maternités.

 

La publication régulière de ces données, dans le respect de la confidentialité médicale, permettrait de mieux identifier les difficultés et de suivre l’efficacité des mesures correctives.

 

L’évaluation du Plan d’urgence devra également reposer sur des objectifs mesurables, un calendrier de mise en œuvre et des indicateurs permettant de vérifier les progrès accomplis.

 

Car la lutte contre la mortalité maternelle ne se mesure pas uniquement au nombre de consultations prénatales, d’accouchements assistés ou de réunions stratégiques organisées. Elle se mesure aussi à la capacité du système de santé à prévenir les complications, à intervenir à temps et à réduire les décès évitables.

 

Au Gabon, l’enjeu est désormais clair : démontrer que les engagements annoncés se traduisent par des améliorations concrètes dans les maternités et par une réduction durable de la mortalité maternelle. Pour les femmes et leurs familles, l’efficacité du système de santé ne se mesure pas seulement à l’accès aux soins, mais aussi à sa capacité à protéger leur vie.

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