La statue d’Emane Ntole en 2026 Credit:© 2026 D.R./Le Radar
À Ndjolé, la statue d’Emane Ntole, érigée pour honorer la mémoire d’une figure historique de la résistance gabonaise, se retrouve à nouveau recouverte d’un sac plastique. Une situation qui relance les interrogations sur l’entretien et la préservation du patrimoine historique dans la localité. Engagé dans la préservation de la culture et du patrimoine national, notamment dans la ville de Ndjolé, l’ancien sénateur Michel Ongoundou Loundah avait déjà alerté sur l’état de plusieurs sites et monuments de la localité.
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Parmi les sites concernés figurent la colline Léon-Mba, le site Saint-Michel, devenu difficilement accessible, l’île Samory, plongée dans l’obscurité à la tombée de la nuit, ainsi que la statue d’Emane Ntole.
Sur la colline Léon-Mba, toutefois, la situation semble évoluer. Le site a été dégagé et des travaux y sont actuellement en cours. Reste à voir jusqu’où ils iront et surtout s’ils permettront une réhabilitation durable du lieu.
Face à cette situation, LeRadar.ga a recueilli, ce mardi 22 septembre, les témoignages de deux personnes originaires du Moyen-Ogooué, dont l’une est originaire de Ndjolé, afin de tenter de comprendre ce qui se passe autour de ce monument.
Une statue dévoilée en 2025, puis recouverte
Dans un article publié le 28 mai 2025, Gabon Media Time titrait : « Ndjolé : la rénovation de la statue d’Emane Ntole ».
« La statue de Emane Ntole, guerrier gabonais qui est érigée à Ndjolé, dans la province du Moyen-Ogooué , vient de connaître une rénovation totale. Entamé depuis le mois de juin 2024, lors de la tournée républicaine du président Brice Clotaire Oligui Nguema, les travaux de rénovation de la statue du guerrier ont pris fin laissant voir une statue de bronze éclatante. Une action qui fait rejaillir l’attachement des populations à leur histoire. » Indique un paragraphe dudit article
Selon l’un des témoignages recueillis par notre rédaction, l’œuvre aurait été importée de Chine et ferait l’objet de critiques concernant sa ressemblance avec le guerrier gabonais qu’elle est censée représenter.
Après son dévoilement, la statue aurait finalement été recouverte et de nouveaux travaux auraient été engagés. Une inauguration aurait été envisagée pour le 30 août dernier, sans qu’elle n’ait, à ce jour, effectivement eu lieu.
Ces éléments, issus de témoignages, restent à confirmer auprès des autorités ou des structures chargées du patrimoine.
« La tête serait tombée » : une autre version
La statue d’Emane Ntole en 2025
Un deuxième témoignage recueilli par LeRadar.ga apporte une explication différente.
Selon cette version, la tête de la statue serait tombée, entraînant la mise en place d’une bâche autour de l’œuvre, dans l’attente de nouvelles interventions.
Deux versions circulent donc sur les raisons exactes de la situation actuelle. Elles mériteraient désormais d’être clarifiées officiellement par les autorités compétentes.
Au-delà d’une statue, la question de l’entretien du patrimoine
L’affaire Emane Ntole dépasse toutefois la seule question de cette statue.
Elle pose, plus largement, celle de l’entretien des monuments historiques au Gabon. Une fois les travaux réalisés et l’inauguration passée, qui assure le suivi des ouvrages ? Quel organisme est chargé de leur entretien ? Existe-t-il un mécanisme régulier de contrôle et de maintenance ?
À Ndjolé, ces interrogations prennent une dimension particulière alors que plusieurs éléments du patrimoine local semblent déjà présenter des signes de dégradation ou d’abandon.
Quelle fidélité dans la représentation des figures historiques ?
Autre question soulevée par les témoignages recueillis : celle de la représentation des figures historiques gabonaises.
Comment restituer fidèlement le visage et l’apparence d’un personnage historique lorsque les sources iconographiques disponibles sont limitées ?
La question mérite d’être posée, d’autant que ces statues sont censées matérialiser, dans l’espace public, une partie de l’histoire nationale et contribuer à sa transmission aux générations futures.
Emane Ntole, entre mémoire et oubli
Associé à la résistance face à la présence coloniale à la fin du XIXᵉ siècle, Emane Ntole demeure une figure de la mémoire fang et de l’histoire du Gabon.
À travers sa statue, l’objectif était précisément de faire vivre cette mémoire dans l’espace public et de la transmettre aux générations futures.
Mais la préservation d’un monument ne s’arrête ni à sa construction ni à son inauguration.
Restaurer un monument est une chose. Le préserver dans le temps en est une autre.
À Ndjolé, la statue d’Emane Ntole apparaît ainsi comme le symbole d’une problématique plus large : celle de la capacité à entretenir, protéger et transmettre le patrimoine historique national.
Car lorsque les monuments disparaissent sous la végétation, restent plongés dans l’obscurité ou se retrouvent recouverts de bâches, ce n’est pas seulement du béton, du bronze ou de la pierre qui se dégrade.
C’est aussi une part de la mémoire collective qui risque de disparaître.
