Industrialisation : le Gabon affiche ses ambitions, mais la transformation locale reste le véritable défi
Le président Brice Clotaire Oligui Nguema en visite officielle en Chine Credit:© 2026 D.R./Le Radar
À Shanghai, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a défendu, le 5 novembre 2026, la vision industrielle du Gabon devant les acteurs économiques réunis à la 9e Exposition internationale d’importation de Chine. Entre valorisation des ressources naturelles, investissements étrangers et accès aux marchés internationaux, Libreville affiche ses ambitions. Reste à transformer ces engagements en retombées concrètes pour l’économie nationale.
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Sortir progressivement d’une économie dépendante de l’exportation des matières premières brutes pour construire un modèle fondé sur la transformation locale, la création d’emplois et la diversification. C’est l’ambition affichée par les autorités gabonaises en matière d’industrialisation. Un changement de cap qui suppose de ne plus seulement extraire les richesses du sous-sol, mais de les transformer sur place afin d’en conserver davantage de valeur dans l’économie nationale.
Dans le secteur minier, cette orientation se traduit notamment par le projet d’interdiction des exportations de minerais bruts à l’horizon 2029, particulièrement pour le manganèse. Le gouvernement ambitionne également de porter la contribution du secteur minier au produit intérieur brut (PIB) de 6 % à au moins 15 %. Le renforcement de la participation de l’État dans les projets miniers, avec une éventuelle hausse de 10 % à 20 %, figure aussi parmi les pistes envisagées.
La filière du fer constitue un autre pilier de cette stratégie. Les projets de Belinga et de Mebaga sont présentés comme des leviers importants pour développer l’industrie sidérurgique nationale. À Port-Gentil, les Aciéries du Gabon illustrent également cette volonté de développer des capacités de transformation sur le territoire.
Au-delà des ressources minières, cette ambition concerne aussi la transformation du bois et le développement de l’agro-industrie, notamment dans les filières avicole et sucrière. Autant de secteurs dans lesquels le pays cherche à réduire sa dépendance aux importations et à renforcer sa production nationale.
Le marché chinois, une opportunité à concrétiser
La participation du chef de l’État à l’exposition de Shanghai s’inscrit dans cette volonté d’attirer les capitaux et les partenaires susceptibles d’accompagner cette mutation. Les infrastructures portuaires, ferroviaires et énergétiques, indispensables à l’essor industriel, figurent parmi les enjeux de cette coopération internationale.
L’accès sans droits de douane au marché chinois, annoncé pour les produits africains à compter du 1er mai 2026, constitue également une opportunité commerciale pour les producteurs du continent. Pour le Gabon, l’enjeu est désormais de pouvoir proposer des produits transformés, compétitifs et conformes aux exigences du marché chinois.
Mais les opportunités annoncées suffisent-elles à garantir les retombées locales ?
Le chef de l’État gabonais en visite en Chine
Car attirer les investisseurs et multiplier les accords de coopération ne constitue pas, à eux seuls, une politique d’industrialisation. Encore faut-il disposer d’un tissu d’entreprises nationales suffisamment solide, d’une main-d’œuvre qualifiée, d’un accès à l’énergie à des coûts compétitifs et de mécanismes permettant aux opérateurs gabonais de participer effectivement aux chaînes de valeur.
La question du transfert de compétences, de la sous-traitance locale et de la création d’emplois durables reste donc centrale. Sans garanties concrètes sur ces différents aspects, le risque serait de voir le pays accueillir de nouveaux investissements sans parvenir à capter une part suffisante de la richesse produite.
Le véritable indicateur de réussite de cette ambition industrielle ne sera pas le nombre de partenariats signés ni le volume des investissements annoncés, mais la capacité du Gabon à transformer ses ressources sur place, à faire émerger des entreprises nationales compétitives et à améliorer les conditions de vie des populations.
L’industrialisation ne doit pas seulement changer la destination des matières premières. Elle doit surtout changer la manière dont les richesses du pays profitent aux Gabonais.

