Image ( illustration) Credit:© 2026 D.R./Le Radar
Près d’un mois après l’adoption en Conseil des ministres du projet de décret portant réorganisation de la Direction générale de la promotion de la femme, de l’équité et de l’égalité des sexes (DGPFEES), les interrogations persistent sur sa mise en œuvre effective. Entre ambitions institutionnelles et réalités du terrain, les attentes des femmes gabonaises restent importantes.
Lire aussi
Promotion des droits des femmes : la DGPFEES attendue au-delà des annonces
Réuni le jeudi 8 octobre 2026, le Conseil des ministres a adopté un projet de décret portant création, attributions et organisation de la Direction générale de la promotion de la femme, de l’équité et de l’égalité des sexes (DGPFEES). Une réforme présentée comme une nouvelle étape dans la politique nationale de promotion et de protection des droits des femmes.
Issue de la volonté de réorganiser une administration créée en 2002, cette réforme entend adapter son fonctionnement aux nouvelles orientations gouvernementales ainsi qu’aux engagements internationaux du Gabon en matière d’égalité entre les sexes.
Sur le papier, les missions annoncées sont ambitieuses. Autonomisation économique, sociale et politique des femmes, protection de leurs droits, lutte contre les violences basées sur le genre, accès aux financements et aux opportunités : autant de domaines dans lesquels cette administration est appelée à jouer un rôle central.
La nouvelle direction générale devra également veiller à l’intégration de l’approche genre dans les politiques publiques, les programmes et les budgets de l’État. Une responsabilité qui implique une coordination effective avec les autres administrations, les collectivités locales, les organisations de la société civile et les partenaires internationaux.
À Oloumi, les commerçantes face à leurs difficultés
Mais au-delà des missions inscrites dans les textes, c’est sur le terrain que l’efficacité d’une telle administration doit pouvoir être appréciée.
L’épisode récemment survenu au marché CTRI d’Oloumi en constitue une illustration. Des commerçantes se sont mobilisées face à une situation de déguerpissement impliquant un ressortissant libanais, faisant émerger des inquiétudes autour de la protection de leurs activités économiques et de leurs moyens de subsistance.
Face à la tension, le maire de Libreville, Eugène Mba, est intervenu pour tenter d’apaiser la situation. Un conseiller spécial du président de la République s’est également rendu sur les lieux afin de s’enquérir de la réalité du différend.
Dans cette séquence, une question demeure : où était la Direction générale de la promotion de la femme, de l’équité et de l’égalité des sexes ? A-t-elle été saisie de cette situation ? A-t-elle entrepris une démarche auprès des commerçantes concernées ?
Ces interrogations sont d’autant plus légitimes que l’autonomisation économique des femmes figure précisément parmi les missions assignées à cette administration. La défense des droits des femmes ne saurait se limiter aux discours institutionnels ou aux journées de célébration. Elle suppose également une capacité d’écoute, d’accompagnement et d’intervention lorsque leurs activités, leurs revenus et leur dignité sont en jeu.
Une réforme attendue sur le terrain
Au-delà de cet épisode, plusieurs questions restent sans réponse concernant la réforme annoncée le 8 octobre dernier. Le projet de décret a-t-il depuis été signé et publié au Journal officiel ? Quels moyens humains, matériels et financiers seront mobilisés pour permettre à la nouvelle direction générale d’accomplir ses missions ? Quelles dispositions garantiront son efficacité sur l’ensemble du territoire national ?
L’adoption d’un projet de décret en Conseil des ministres constitue une étape institutionnelle importante. Elle ne signifie toutefois pas automatiquement que la nouvelle organisation est entrée en vigueur ni que les moyens nécessaires à son fonctionnement sont déjà disponibles.
Les femmes attendent des résultats, pas seulement une réorganisation
Pour les femmes gabonaises, l’enjeu dépasse largement la réorganisation d’une administration. Il concerne l’accès aux opportunités économiques, la protection contre les violences, la défense des droits, l’égalité des chances et la reconnaissance de leur contribution à la société.
Le ministère des Affaires sociales, chargé de la Protection de l’enfance et de la Femme, est ainsi attendu sur le calendrier de mise en œuvre de cette réforme, son financement et les mécanismes concrets prévus pour atteindre les objectifs annoncés.
Car une politique de promotion de la femme ne se juge ni au nombre de décrets adoptés ni à la multiplication des discours officiels. Elle se mesure à la capacité des institutions à répondre aux préoccupations quotidiennes des femmes et à produire des changements tangibles dans leurs conditions de vie.
Au Gabon, la réforme de la DGPFEES est désormais attendue à l’épreuve des faits.