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Gabon / UDB : douze étages pour le parti présidentiel, des familles abandonnées à leur sort


Gabon / UDB : douze étages pour le parti présidentiel, des familles abandonnées à leur sort

Le siège de l’UDB en construction à Libreville Credit:© 2026 D.R./Le Radar

À Libreville, le futur siège de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) s’élève sur le boulevard Triomphal. Douze étages dont le coût, l’origine des financements et le statut foncier mériteraient des explications précises. En guise de transparence, le public a eu droit à un communiqué aussi vague que laconique, d’une désinvolture confinant au mépris. Comme si quelques lignes évasives suffisaient à rendre des comptes. Pendant ce temps, des familles victimes des déguerpissements de juin 2025 réclament toujours des réponses sur leur relogement. Une situation embarrassante pour un pouvoir qui a fait de la rupture et de la justice sociale les principaux arguments de sa légitimité.

UDB : douze étages pour le parti présidentiel, des familles abandonnées à leur sort
 
 

 

Le 4 juin 2025, les bulldozers entraient en action à Plaine-Oréty et derrière l’Assemblée nationale. Habitations rasées, commerces détruits, familles privées de leur logement ou de leurs moyens de subsistance. Les autorités invoquaient la modernisation de Libreville, la lutte contre les inondations, l’amélioration de la circulation et la résorption de l’habitat précaire.

 
L’intérêt général avait réponse à tout. Sauf, manifestement, aux conséquences humaines des démolitions.

 
Plus d’un an après, certaines familles attendent encore des solutions satisfaisantes. Les engins avaient pourtant fait preuve d’une efficacité remarquable. Une célérité que l’administration semble avoir perdue lorsqu’il s’agit de réparer les préjudices.

 

Sur le boulevard Triomphal, les travaux du futur siège de l’UDB progressent à un rythme soutenu. Le parti présidentiel démontre une capacité de mobilisation appréciable lorsqu’il s’agit de préparer ses propres installations.

 

Les bulldozers pour les uns, les étages pour les autres

 

L’image est politiquement accablante. Des citoyens attendent réparation tandis que le parti au pouvoir prépare son installation dans un imposant édifice.

 

Aucun élément établi ne permet, en l’état, de relier financièrement ou juridiquement ce chantier aux opérations de déguerpissement. Cette distinction nécessaire laisse entière la question des priorités politiques.

 

Combien coûte réellement cet immeuble ? Qui le finance ? À qui appartient le terrain ? Quelles garanties permettent d’écarter toute confusion entre les ressources du parti et celles de l’État ?

 

Ces interrogations appellent des documents et des chiffres vérifiables. Le communiqué diffusé sur cette affaire, par son caractère sommaire, paraît bien insuffisant pour dissiper les doutes.

 

Le Gabon a déjà payé le prix d’une longue confusion entre le parti dominant et l’appareil d’État. Sous le PDG, cette proximité avait favorisé des pratiques dont les nouveaux dirigeants affirment vouloir se débarrasser. L’UDB devrait démontrer, pièces à l’appui, que le changement annoncé dépasse le renouvellement des enseignes politiques.

 
La transparence exige des comptes, particulièrement lorsqu’il est question de patrimoine, d’argent et de pouvoir.

 

Une modernisation à deux vitesses

 

La construction du siège de l’UDB prend une résonance particulière dans une capitale où les conséquences sociales des déguerpissements restent, pour certaines familles, sans réponse satisfaisante.

 

Combien de ménages ont été relogés ou indemnisés ? Quels engagements restent à honorer ? Un bilan public détaillé permettrait enfin d’apprécier la situation réelle des populations concernées.

 

Une politique d’aménagement urbain engage la responsabilité de l’État bien au-delà des opérations de démolition. Les populations déplacées ont droit à des procédures transparentes, à un traitement équitable et aux réparations légalement dues.

 

À Libreville, pourtant, les projets prestigieux semblent avancer plus vite que la résolution des difficultés quotidiennes. Les constructions nouvelles occupent le paysage et les discours officiels. Les familles affectées par les décisions publiques doivent, elles, continuer à réclamer des explications.

 

À force de présenter les quartiers populaires comme des obstacles au développement, le risque est grand de finir par considérer leurs habitants comme de simples variables d’ajustement. Une dérive qui en dirait long sur la place réellement accordée à la dignité humaine dans les politiques d’aménagement.

 

Bâtisseurs de sièges ou bâtisseurs d’un pays ?

 

L’ironie tient au nom même de l’Union démocratique des bâtisseurs. Une appellation ambitieuse qui expose ses dirigeants à une exigence particulière de cohérence.

 

Construire un siège de douze étages relève d’une opération immobilière. La transformation d’un pays réclame des priorités autrement exigeantes, à commencer par la protection des citoyens les plus vulnérables.

 

Chaque étage supplémentaire du futur quartier général rendra plus visible le débat sur les moyens mobilisés et l’ordre des urgences. Les dirigeants de l’UDB auraient tort de croire qu’un communiqué évasif suffira à clore les interrogations sur leur projet.

 

Au gouvernement revient l’obligation de publier un bilan précis des déguerpissements et des mesures de réparation. Aux responsables du parti, celle de clarifier le financement et le statut foncier de leur siège. Deux responsabilités distinctes, soumises à la même exigence démocratique de reddition des comptes.

 

Les Gabonais ont déjà connu les partis tout-puissants, les palais administratifs, les discours sur l’émergence et les promesses de prospérité sans lendemain. Ils savent qu’une façade flambant neuve peut parfaitement abriter les vieilles habitudes du pouvoir.

 

La rupture annoncée depuis le 30 août 2023 sera jugée à l’aune des engagements tenus, des droits respectés et de la considération accordée aux populations. Aucun immeuble, aussi imposant soit-il, ne saurait tenir lieu de bilan politique.

 

Le parti présidentiel semble avoir trouvé les moyens de se donner une adresse prestigieuse. Les familles déguerpies, elles, attendent encore, pour certaines, de savoir dans quelles conditions elles pourront retrouver un toit.

 

Douze étages pour afficher la puissance d’un parti. Des familles qui attendent toujours des réponses après avoir vu disparaître leur maison sous les bulldozers. L’image résume cruellement les contradictions d’un pouvoir qui promettait de rompre avec les pratiques anciennes.

 

Le PDG avait fini par confondre le parti et l’État. L’UDB devrait méditer cette histoire avant de s’installer dans ses nouveaux bureaux. À voir l’empressement mis à construire son siège et la lenteur des réponses apportées aux déguerpis, on pourrait croire que les bâtisseurs ont déjà retenu l’essentiel de la leçon de leurs amis pédégistes : commencer par se servir. Et laisser les autres attendre.

 

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