Gabon / Le CNAG lance un appel au chef de l’État et aux organisations de la société civile
Quelques membres du CNAG Credit:© 2026 D.R./Le Radar
À l’occasion du troisième anniversaire du Conseil national des associations du Gabon (CNAG), célébré le 14 octobre 2026, son président, le Dr Bouassa Mayombo Thyernaud, a plaidé pour une meilleure structuration des organisations, un dialogue renforcé avec les pouvoirs publics et une participation accrue des acteurs associatifs au développement national. Des ambitions qui restent à traduire en résultats concrets.
Un mouvement associatif en quête de structuration
Dans son discours, le président du CNAG a retracé les principales étapes de l’évolution du mouvement associatif gabonais. Il a notamment évoqué la loi n° 35/62 du 10 décembre 1962 relative aux associations, le développement des coopératives agricoles à partir des années 1970, notamment à Oyem et à Tchibanga, puis l’émergence d’organisations davantage tournées vers la défense de causes collectives dans les années 1980.
La Conférence nationale de 1990 aurait ensuite contribué à l’essor des organisations non gouvernementales (ONG), dans un contexte d’ouverture politique et de développement des partenariats internationaux. Le WWF, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et l’Union européenne figurent parmi les acteurs cités dans cette évolution.
Les données présentées lors de cette célébration témoignent également de l’importance prise par le secteur. Une enquête réalisée en 2013 par la Direction générale de la promotion des associations du secteur de l’action sociale et de la famille aurait recensé 971 associations et ONG au Gabon. Une autre estimation, attribuée à Merlin Mfondo, fait état d’environ 1 100 associations et de 6 836 emplois.
Ces chiffres, dont la méthodologie et l’actualité mériteraient d’être précisées, ne permettent toutefois pas d’établir avec certitude la situation actuelle du secteur. Ils posent néanmoins une question centrale : comment transformer la diversité des organisations associatives en une force collective mieux structurée et plus efficace ?
Pour le CNAG, l’enjeu dépasse le nombre d’associations. Il concerne aussi leur coordination, leur professionnalisation et leur capacité à conduire des projets répondant aux besoins des populations.
Le CNAG veut peser davantage dans le dialogue public
Créé dans le contexte politique ouvert par les événements d’août 2023, le Conseil entend fédérer les associations, les ONG et les coopératives agricoles au sein d’un cadre commun de représentation.
Son ambition est de porter leurs préoccupations auprès des pouvoirs publics et des partenaires au développement. Mais cette volonté de fédération soulève également un enjeu de représentativité : dans quelle mesure le CNAG parvient-il à rassembler des organisations aux missions, aux moyens et aux intérêts parfois différents ?
Le Dr Bouassa Mayombo Thyernaud a, par ailleurs, interpellé le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, sur la nécessité de renforcer la place du mouvement associatif dans les politiques publiques.
S’il salue la mise en place d’un département ministériel chargé de la vie associative, il estime que des efforts restent nécessaires pour rendre cette orientation pleinement effective. Les attentes portent notamment sur la reconnaissance institutionnelle, l’accompagnement des organisations et leur participation aux mécanismes de concertation.
Au-delà des structures administratives, le défi consiste à instaurer un dialogue régulier avec les associations, sans remettre en cause leur autonomie. La crédibilité d’une instance fédératrice dépend en effet autant de sa capacité à dialoguer avec les autorités que de son aptitude à défendre les intérêts de ses membres, y compris lorsque leurs préoccupations divergent de celles du pouvoir.
Des actions concrètes attendues sur le terrain
À l’endroit des responsables associatifs, le président du CNAG a lancé un appel à l’unité et à la responsabilité collective. Il les a invités à dépasser les rivalités internes et les intérêts individuels pour privilégier des initiatives répondant aux besoins des populations.
La santé, l’éducation, l’agriculture, l’environnement et l’action sociale constituent autant de domaines dans lesquels les associations sont appelées à renforcer leur contribution.
Cette orientation place les résultats sur le terrain au cœur de l’engagement associatif. Dans les quartiers, les villages et les communes, l’utilité des organisations se mesure notamment à leur capacité à accompagner les populations, à mobiliser des ressources et à assurer la continuité de leurs projets.
Encore faut-il que ces structures disposent de moyens adaptés, de compétences suffisantes et d’un environnement favorable à leur action. La reconnaissance institutionnelle, à elle seule, ne garantit ni leur viabilité ni leur efficacité.
Trois ans après, l’heure des
résultats
Le CNAG affiche une ambition claire : faire du mouvement associatif un partenaire mieux reconnu du développement national. Pour concrétiser cette ambition, il devra toutefois démontrer sa capacité à fédérer durablement ses membres, à porter leurs revendications et à obtenir des avancées tangibles dans leurs relations avec les pouvoirs publics.
La question n’est donc plus seulement celle de la reconnaissance du secteur, mais aussi celle des moyens accordés aux organisations, de leur indépendance et de leur capacité à produire des résultats mesurables.
Pour le CNAG, ce troisième anniversaire constitue ainsi une étape charnière. Sa crédibilité dépendra désormais moins des intentions affichées que de sa capacité à transformer son discours en actions et à démontrer, sur le terrain, la valeur ajoutée de la représentation collective.

