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Gabon : La première déroute budgétaire de la cinquième République


Gabon : La première déroute budgétaire de la cinquième République

Michel Ongoundou Loundah, président du parti REAGIR et ancien sénateur de la Transition Credit:© 2026 D.R./Le Radar

Alors que le Gabon cherche à conclure un accord avec le Fonds monétaire international (FMI), les retards et les incertitudes entourant les négociations nourrissent les interrogations. Dans cette analyse, Michel Ongoundou Loundah estime que cette séquence révèle les limites de la gouvernance économique actuelle.

Il est des rendez-vous qui se manquent. Et puis il y a ceux qui révèlent, à eux seuls, une manière de gouverner.

 
Le rendez-vous de la vérité

En mars dernier, le gouvernement gabonais avait officiellement sollicité l’appui du Fonds monétaire international. Quatre mois plus tard, les négociations sont toujours au point mort. Plus embarrassant encore, la réunion bilatérale prévue entre notre ministre des Finances et le directeur Afrique du FMI n’a finalement pas pu se tenir. La diplomatie économique de l’UDB vient sans doute d’inventer un nouveau concept : demander de l’aide... puis faire patienter son créancier.
 

Courage, fuyons !

Cette absence n’a jamais reçu d’explication véritablement convaincante. Mais au regard des événements qui ont suivi, une hypothèse s’impose : le Gabon n’était tout simplement pas prêt. Et lorsqu’on n’est pas prêt à défendre son dossier devant l’institution la plus exigeante au monde en matière de finances publiques, deux attitudes sont possibles : l’assumer ou l’esquiver. Le pouvoir semble avoir choisi la seconde.

Courage, fuyons !
Lorsqu’on ne peut pas défendre ses comptes, on évite celui qui doit les examiner. En diplomatie financière, une chaise vide ne dissipe jamais les doutes. Elle les confirme.

 
Négocier sans connaître ses propres comptes

Mais le plus savoureux est ailleurs. Pendant des mois, le pouvoir a multiplié les déclarations triomphales sur le retour de la rigueur, la restauration des finances publiques et la rupture avec les pratiques du passé. Mais lorsqu’arrive enfin le moment de discuter sérieusement avec l’institution qui épluche les comptes des États ligne par ligne, tout s’arrête.
Pourquoi ? Parce que le gouvernement dit de la Vè République attend... de découvrir lui-même le montant réel de la dette publique. En d’autres termes, l’État gabonais est parti négocier avec le FMI sans connaître précisément ce qu’il devait. Il fallait vraiment oser. Imagine-t-on un particulier demander un prêt à sa banque avant de savoir combien il doit déjà à ses autres créanciers ? Aucun conseiller bancaire n’accepterait un tel dossier. Mais l’État UDB, lui, semble avoir cru que cela pouvait passer.

 
Une gouvernance à la lampe torche

On nous explique aujourd’hui que l’audit permettra enfin de faire la lumière sur les passifs de l’État. C’est évidemment indispensable. Mais une question s’impose tout de même : pourquoi cette bougie n’a-t-elle pas été allumée avant de déposer officiellement une demande d’assistance auprès du FMI ? À moins que l’on découvre, au fil des semaines, que les « lumières » qui sont au pouvoir gouvernent moins avec des tableaux de bord qu’avec des lampes torches. Cette séquence, on le voit, est révélatrice d’un mode de gouvernance où la communication, les effets d’annonce et les coups de menton précèdent systématiquement la réflexion et le travail de fond. On annonce d’abord. On vérifie ensuite. On improvise enfin. Le plus étonnant est que cette improvisation intervient alors que le pouvoir ne cesse de revendiquer une gestion fondée sur la méthode, la compétence et le pragmatisme.
Les faits racontent pourtant une autre histoire. Une loi de finances rectificative est votée depuis le mois dernier. Le FMI ne reçoit toujours pas les documents attendus. Une rencontre officielle est programmée. Elle n’a finalement pas lieu. Des négociations sont annoncées. Elles restent suspendues. Pendant ce temps, la réalité, elle, ne fait preuve d’aucune patience. L’agence de notation Moody’s dégrade la perspective du Gabon. Le marché régional s’inquiète. La dette gabonaise représente près d’un tiers des titres en circulation au sein de la zone CEMAC. Ce qui signifie que lorsque le Gabon éternue, c’est toute la sous-région qui commence à chercher des mouchoirs.

 
L’héritage, l’alibi permanent

Évidemment, les dirigeants actuels du pays vont tout attribuer, comme d’habitude, à l’héritage de l’ancien régime. L’argument est devenu un réflexe. Certes, un héritage peut expliquer une situation, mais il ne dispense jamais de la gérer correctement. Une chose est sûre : personne ne les a contraints à conquérir le pouvoir. Et personne ne les oblige à s’y maintenir. Ils doivent donc savoir que gouverner consiste précisément à résoudre les difficultés héritées, pas à les transformer en circonstance atténuante permanente. Désormais, les partenaires internationaux attendent des chiffres. Et les marchés, eux, attendent des garanties. Pour l’instant, donc, chacun attend. Le FMI attend l’audit. Les investisseurs attendent des signaux. Les partenaires attendent des réformes. Les Gabonais, pour leur part, attendent des résultats.

Au fond, cette affaire raconte une vérité à la fois dérangeante et inquiétante : le pouvoir UDB-PDG-CTRI semblait persuadé que le FMI viendrait valider leur fable cousue de fil blanc. Or là, les nouveaux maîtres du pays découvrent à leurs dépens que le FMI ne valide que des comptes.

Et lorsque les comptes ne sont pas prêts, ce ne sont ni les tenants de l’ancien régime, ni les opposants qui mettent le Gouvernement en difficulté, mais sa propre incompétence.
 

Par Michel Ongoundou Loundah 
 

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