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Quand le Gouvernement bat le record du rétropédalage ou l’art de gouverner en marche arrière


Quand le Gouvernement bat le record du rétropédalage ou l’art de gouverner en marche arrière

Michel Ongoundou Loundah Ancien sénateur de la Transition et président du parti REAGIR Credit:© 2026 D.R./Le Radar

En moins de vingt-quatre heures, le gouvernement est passé d’une démonstration de fermeté à un revirement spectaculaire sur la gestion de l’urgence hydrique. Entre décisions improvisées, concertations tardives et contradictions assumées, cette séquence révèle bien plus qu’un simple cafouillage administratif : elle met en lumière une méthode de gouvernance où l’effet d’annonce semble souvent précéder la réflexion. C’est le constat que nous livre Michel Ongoundou Loundah dans cette tribune.

Il existe des communiqués qui rassurent. D’autres qui inquiètent. Le « communiqué de presse N. 2 sur l’état d’urgence hydrique », lui, réussit un exploit plus rare : il ridiculise le précédent.

À peine vingt-quatre heures après avoir annoncé avec une solennité martiale la mise sous tutelle de toute une activité économique, le ministère de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie publie un second communiqué qui ne complète pas le premier. Il le désavoue. C’est l’aveu d’un gouvernement qui découvre les conséquences de ses propres décisions. Le premier communiqué avait un coupable tout désigné : les livreurs d’eau, présentés comme responsables de tous les abus.

Beaucoup de commentaires ont même laissé prospérer l’idée que les principaux acteurs de cette activité étaient des « non-Gabonais » qu’il fallait neutraliser. Le ton était celui de la démonstration d’autorité. Il fallait frapper vite, frapper fort, montrer les muscles. Mais tout cela respirait l’improvisation la plus totale. La preuve : ceux que le gouvernement prétendait mobiliser, à savoir les sapeurs-pompiers et les militaires, n’avaient, semble-t-il, été prévenus de rien. Ils auraient découvert, comme l’ensemble de la population, en regardant la télévision, qu’ils étaient désormais chargés d’assurer la distribution et la vente de l’eau.

Puis la réalité est arrivée. Et la réalité, elle, ne lit pas les communiqués ministériels. Elle rappelle simplement qu’une ville privée de ses distributeurs d’eau est une ville privée d’eau. Alors le pouvoir a piteusement couru derrière ceux qu’il venait de désigner comme le problème. L’image est saisissante. Vingt-quatre heures après avoir fait arrêter leurs véhicules, les plus hautes autorités du pays, accompagnées de notre illustre compatriote Seydou Kane, organisent des « échanges directs, francs et transparents » avec ces mêmes opérateurs dans une enceinte sportive. Ceux qui, hier, étaient présentés comme des prédateurs deviennent, du jour au lendemain, des partenaires indispensables.

Le régime UDB-PDG-CTRI, soit dit en passant, n’en est pas à sa première volte-face. Le rétropédalage est même devenu sa véritable marque de fabrique. On se souvient de la campagne menée contre les sociétés de sous-traitance, désignées comme l’une des causes majeures des difficultés de la SEEG. Le pouvoir allait jusqu’à laisser entendre que certains cadres de l’entreprise se cachaient derrière ces structures. Même scénario avec les livreurs d’eau, que l’on a rapidement enveloppés d’un climat de suspicion, certains étant présentés comme de simples prête-noms de réseaux occultes. Puis, une fois les effets d’annonce dissipés, la réalité a repris ses droits. Les contrats des sous-traitants, résiliés avec fracas, avaient finalement été rétablis dans la plus grande discrétion. Aujourd’hui, le même scénario se répète. Les fameux « non-Gabonais », montrés du doigt comme responsables de tous les maux, sont soudain reçus par le Président de la République, pour des échanges qualifiés de « francs et transparents ».

Cette succession de revirements n’est plus une maladresse ponctuelle. Elle révèle une manière de gouverner. On privilégie l’effet d’annonce à la réflexion, la posture à l’analyse, les rodomontades à la préparation des décisions. Lorsqu’un État passe en moins d’une journée de la diabolisation à la négociation, ce n’est rien d’autre qu’un aveu de dépendance. Et comme souvent lorsque l’on improvise, chaque tentative de correction aggrave le désordre.

Le cas des tarifs est presque caricatural. Le prix du mètre cube, fixé la veille à 3 000 francs CFA, grimpe désormais à 4 000 francs CFA. En moins de vingt-quatre heures, le gouvernement découvre donc que son propre tarif n’était pas le bon. Une augmentation de plus de 30 % en une seule nuit. Voilà une prouesse administrative que même les marchés financiers auraient du mal à expliquer.

Qui croire ? Le ministre du 1er juillet ? Ou le ministre du 2 juillet ? Si le premier s’est trompé, pourquoi lui faire confiance aujourd’hui ? Dans tous les cas, cette succession de contradictions révèle une vérité plus profonde : la décision du Gouvernement n’a manifestement été précédée d’aucune étude sérieuse, d’aucune concertation, d’aucune anticipation des conséquences. On annonce d’abord. On réfléchit ensuite. On corrige enfin. Mais le plus préoccupant est ailleurs : le gouvernement justifie son revirement par les remontées des parlementaires, des populations, des opérateurs économiques et de la société civile. Voilà donc un pouvoir qui reconnaît n’avoir consulté personne avant de prendre une décision aussi lourde. En clair, il gouverne d’abord contre le terrain, avant de revenir vers le terrain lorsque la réalité devient impossible à nier.

Tout compte fait, ce deuxième communiqué restera moins comme un correctif que comme une pièce à conviction. La pièce à conviction d’un pouvoir qui confond vitesse et précipitation, fermeté et agitation, communication et gouvernance. Et les derniers développements rendent cette séquence encore plus loufoque : malgré leur rencontre avec les plus hautes autorités de l’État, les livreurs d’eau refuseraient toujours, selon plusieurs sources concordantes, de reprendre leur activité, au grand désarroi de leurs nombreux clients. Ainsi, après avoir stigmatisé puis supplié ces « non-Gabonais » dont il dépendait, le gouvernement n’a même pas obtenu leur retour. Une pantalonnade pour rien, finalement.

En voulant démontrer sa force, le Gouvernement UDB-PDG-CTRI a surtout exposé sa fébrilité. En voulant imposer son autorité, il a révélé sa dépendance.
Et là, ce n’est plus une gestion de crise. C’est une crise de la gouvernance.

Par Michel Ongoundou Loundah

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