Gabon / Ali Bongo au PDG : « Je ne laisserai personne s’emparer du parti »
Ali Bongo lors de sa déclaration Credit:© 2026 D.R./Le Radar
Dans une déclaration adressée aux militants du Parti démocratique gabonais (PDG) et diffusée sur les réseaux sociaux par GMT, Ali Bongo Ondimba conteste la réorganisation engagée depuis mars 2024, réaffirme sa légitimité à la tête de l’ancien parti au pouvoir et réclame la tenue d’un congrès inclusif. Une intervention qui relance ouvertement la bataille pour le contrôle d’une formation politique désormais confrontée à la question de son avenir.
Ali Bongo au PDG : « Je ne laisserai personne s’emparer du parti »
Ali Bongo Ondimba sort de son silence et entend reprendre l’initiative dans la crise qui secoue le Parti démocratique gabonais (PDG). Dans un message adressé aux militants, l’ancien président de la République remet en cause les décisions prises le 7 mars 2024, revendique la présidence du parti et met en garde contre toute tentative d’en prendre le contrôle.
Dès l’entame de son intervention, il explique avoir choisi de s’adresser à sa famille politique avant de prendre la parole devant l’ensemble des Gabonais. Il remercie les militants qui lui ont témoigné leur fidélité durant les épreuves traversées depuis le 30 août 2023 et reconnaît que son long silence a pu être interprété comme un abandon. Une absence de communication qu’il attribue aux restrictions auxquelles il affirme avoir été soumis après le coup d’État.
Le 7 mars 2024, au cœur de la contestation
La réorganisation du PDG engagée le 7 mars 2024 constitue le principal point de désaccord. Ali Bongo Ondimba rapporte que plusieurs responsables du parti s’étaient rendus à sa résidence pour examiner les conditions de continuité de son fonctionnement, alors que sa liberté de mouvement était restreinte.
Selon son récit, il avait expressément maintenu sa qualité de président du PDG et proposé une organisation transitoire, dans l’attente d’un projet de réorganisation plus complet. Or, les décisions prises par la suite auraient, affirme-t-il, méconnu ses instructions et les dispositions statutaires du parti.
Il conteste également l’interprétation donnée à sa déclaration du 17 septembre 2024, présentée comme un retrait de la vie politique. À ses yeux, cette déclaration ne saurait justifier rétroactivement des décisions intervenues six mois auparavant.
L’ancien chef de l’État rappelle, en outre, que cette prise de position était intervenue alors qu’il se trouvait en résidence surveillée et que certains membres de sa famille étaient, selon ses déclarations, privés de liberté.
« Je ne renonce pas à la vie politique »,
affirme-t-il, avant de revendiquer la présidence du PDG, fonction qu’il dit exercer depuis sa désignation en 2009, confirmée lors du congrès de décembre 2022.
Une mise en demeure et une invitation restée sans réponse
Ali Bongo indique avoir adressé une mise en demeure aux responsables qui dirigent actuellement le parti. Il assure néanmoins privilégier une solution politique à un affrontement judiciaire entre militants.
Dans cet esprit, il affirme avoir proposé, au début du mois d’octobre, une rencontre à Paris avec Blaise Mbembe et deux autres responsables désignés par ce dernier. Cette invitation serait restée sans réponse.
L’ancien président déplore cette absence de dialogue, qu’il juge contraire aux valeurs historiques du PDG, résumées par sa devise : « Dialogue, tolérance, paix ».
Il évoque également la possibilité de pressions extérieures pesant sur certains dirigeants, sans toutefois apporter d’éléments permettant d’étayer cette hypothèse. Il estime qu’une éventuelle ingérence dans les affaires internes du parti compromettrait son indépendance.
Ces déclarations donnent à la crise une dimension supplémentaire, en soulevant la question des rapports entre la direction actuelle du PDG et les autres acteurs de la vie politique gabonaise.
« Le PDG appartient à ses militants »
L’indépendance financière et politique du parti occupe une place importante dans cette intervention. Ali Bongo rejette toute conception selon laquelle le contrôle du PDG reviendrait à ceux qui contribuent le plus à son financement.
« Le PDG appartient à ses militants »,
insiste-t-il, rappelant qu’aucune contribution financière ne saurait conférer un droit de propriété sur une formation politique.
Conscient des difficultés matérielles auxquelles le parti est confronté depuis la perte du pouvoir, il préconise un financement reposant sur les cotisations des adhérents, les contributions volontaires et la recherche de partenaires, dans le respect des dispositions légales.
Cette position intervient alors que le PDG doit redéfinir ses ressources, son organisation et son fonctionnement après plusieurs décennies passées à la tête de l’État.
Ali Bongo veut inscrire le PDG dans l’opposition
L’ancien président entend également clarifier le positionnement politique du PDG. Il critique la ligne suivie depuis mars 2024, qu’il considère comme ambiguë.
Il juge notamment contradictoire de revendiquer le statut de deuxième force politique du pays tout en soutenant un pouvoir qui, selon lui, n’accorde pas au parti la considération correspondant à son poids politique.
Pour Ali Bongo, la perte du pouvoir doit conduire le PDG à assumer pleinement son rôle dans l’opposition. Il défend toutefois une opposition responsable, tournée vers les préoccupations des Gabonais et capable de formuler des propositions concrètes.
Il écarte, dans le même temps, toute perspective de fusion, d’absorption ou d’alliance susceptible de remettre en cause l’identité et l’autonomie de la formation politique.
Cette clarification constitue l’un des passages les plus significatifs de son discours, dans un contexte où les relations entre l’ancien parti au pouvoir et les nouvelles autorités continuent de susciter des interrogations.
Un congrès inclusif pour sortir de la crise
Pour mettre fin aux divisions, Ali Bongo propose une démarche articulée autour de trois priorités : le rétablissement de la légalité statutaire, la mise en place d’une direction transitoire inclusive et l’organisation d’un congrès réunissant les différentes sensibilités du parti.
Il considère qu’un tel rendez-vous ne peut être préparé ni conduit par une seule composante du PDG. Les militants doivent, selon lui, pouvoir désigner librement leurs dirigeants, conformément aux statuts.
Se présentant comme le président légitime de la formation, il entend superviser cette réorganisation et appelle les militants à ne pas participer à un congrès qu’il juge unilatéral.
Au-delà du renouvellement des instances, Ali Bongo plaide pour une évolution des idées et des pratiques politiques. Il souhaite notamment une participation accrue des jeunes et des femmes aux responsabilités, tout en appelant les anciens militants à contribuer à la reconstruction du parti.
Une bataille décisive pour l’avenir du PDG
En se référant à l’héritage d’Omar Bongo Ondimba, fondateur du PDG, Ali Bongo inscrit sa démarche dans la continuité historique d’une formation qui a dominé la vie politique gabonaise pendant plusieurs décennies.
Mais son intervention traduit surtout une volonté de reprendre la main sur un appareil politique dont la direction et l’orientation font désormais l’objet d’une contestation ouverte.
« Je ne laisserai personne s’emparer du PDG » , prévient-il, dans une formule qui résume la fermeté de sa position.
La réaction des dirigeants actuels sera déterminante pour la suite de cette confrontation. Leur éventuelle ouverture au dialogue, les conditions d’organisation du prochain congrès et la capacité des différentes sensibilités à trouver un compromis pèseront sur l’issue de la crise.
Pour le PDG, l’enjeu dépasse désormais la seule question de sa présidence. Il s’agit de définir son identité, sa place dans l’opposition et les conditions de sa reconstruction après la perte du pouvoir en août 2023.
Ali Bongo a désormais exposé sa feuille de route : rétablissement de la légalité statutaire, congrès inclusif et affirmation d’une ligne d’opposition. Reste à déterminer s’il dispose encore, au sein du parti, des soutiens et des moyens nécessaires pour la faire appliquer.