Un chantier à l’abandon Credit:© 2026 D.R./Le Radar
Après la convocation des entreprises adjudicataires de plusieurs marchés publics par le vice-président du gouvernement, une mission de terrain a été effectuée dans la province de la Nyanga. Le ministre d’État chargé des Transports, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, s’est rendu sur plusieurs sites il y’a quelques jours afin de constater l’état d’avancement des travaux et de tenter d’apporter des réponses aux interrogations suscitées par ces chantiers.
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Le gouvernement tente de s’expliquer sur les chantiers à l’arrêt
Aéroport, Maison de la femme, gare routière, nouveau marché, nouvelle mairie : plusieurs infrastructures annoncées dans la province suscitent, depuis plusieurs mois, des interrogations en raison de leur faible niveau d’avancement, voire de l’arrêt apparent de certains travaux.
Quelques jours après la convocation des entreprises concernées, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, par ailleurs cadre de la province, s’est donc rendu sur le terrain pour apporter des explications sur une situation qui alimente désormais les critiques et fait craindre l’émergence de nouveaux « éléphants blancs ».
Des arrêts de chantier qui seraient parfois justifiés
Pour le ministre, l’interruption temporaire d’un chantier ne signifie pas nécessairement son abandon.
« Ceux qui ont déjà construit une maison savent qu’on ne peut pas construire une maison du premier au dernier jour sans interruption. Il y a des moments où on arrête les travaux pour plusieurs raisons, notamment techniques » , a-t-il expliqué.
Il cite notamment les travaux de remblai, qui nécessiteraient une période d’attente afin de permettre au sol de se tasser avant la poursuite des opérations.
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L’intervention du ministre lors de sa visite
L’argument peut s’entendre pour certaines phases précises d’un chantier. Il explique toutefois plus difficilement l’arrêt simultané ou prolongé de plusieurs ouvrages de nature très différente. Un aéroport, une mairie, une gare routière, un marché ou une Maison de la femme ne répondent ni aux mêmes contraintes techniques ni aux mêmes calendriers d’exécution.
L’approvisionnement en matériaux ne suffit pas à tout expliquer
Le ministre invoque également des difficultés d’approvisionnement, Libreville restant, selon lui, le principal centre de fourniture alors que « tout le Gabon est en chantier ».
Là encore, l’explication mérite d’être précisée. Des projets lancés plus récemment dans d’autres provinces ont pu être approvisionnés et progresser.
Si la pénurie ou les délais de livraison constituent réellement l’une des principales causes des retards enregistrés dans la Nyanga, il serait nécessaire de préciser quels chantiers sont concernés, quels matériaux ont fait défaut et pendant combien de temps.
Faute de ces éléments, l’argument général de l’approvisionnement ne permet pas, à lui seul, d’expliquer l’ampleur des retards constatés.
La question du financement
Troisième justification avancée : l’indisponibilité des fonds.
« Pour ces trois raisons, il peut arriver parfois que les chantiers s’arrêtent », a déclaré Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, qui assure que de nouveaux financements ont récemment été injectés afin de permettre la reprise des travaux.
Cette annonce ramène précisément au cœur du dossier : les 7 milliards de FCFA précédemment annoncés pour la réalisation de plusieurs infrastructures dans la province.
À ce stade, les réponses restent incomplètes sur l’utilisation effective de cette enveloppe. Il serait notamment utile de connaître la part réellement décaissée, les entreprises bénéficiaires, les travaux correspondant aux paiements effectués ainsi que le niveau réel d’exécution de chaque marché.
La transparence devrait également porter sur les conditions dans lesquelles les entreprises ont été sélectionnées et sur l’existence éventuelle d’avenants ou de financements supplémentaires désormais nécessaires pour achever les ouvrages.
Au nom de quelle compétence ?
La visite du ministre d’État soulève par ailleurs une autre interrogation.
Ulrich Manfoumbi Manfoumbi est ministre chargé des Transports. Or les infrastructures inspectées relèvent manifestement de plusieurs secteurs : transports, travaux publics, habitat, équipements collectifs ou encore collectivités locales.
Sa position au sein du gouvernement ou son statut de cadre de la Nyanga peuvent expliquer sa présence politique sur le terrain. Ils ne suffisent toutefois pas, en eux-mêmes, à établir sa compétence administrative et technique sur l’ensemble de ces marchés.
Il conviendrait donc de savoir à quel titre précis il est chargé d’apporter des réponses sur des projets aussi différents et s’il dispose d’un mandat gouvernemental particulier lui permettant d’en assurer le suivi transversal.
Les explications ne remplacent pas les comptes
Le véritable enjeu dépasse finalement la question de savoir si un remblai doit sécher, si certains matériaux arrivent avec retard ou si un chantier peut connaître une interruption temporaire.
Ce que les populations sont désormais en droit d’attendre, c’est un état précis des engagements pris : montant de chaque marché, entreprise attributaire, sommes déjà versées, taux d’exécution physique et financier, calendrier de reprise et coût prévisionnel final.
Car si de nouveaux fonds doivent être injectés dans des projets déjà financés, il faudra nécessairement expliquer ce qui a été réalisé avec les premières enveloppes.
Dans la Nyanga, le débat ne porte donc plus seulement sur la reprise annoncée des chantiers. Il porte désormais sur leur gouvernance, leur financement et la responsabilité de ceux qui les ont attribués, suivis et payés.
Les populations attendent désormais des chiffres, des documents et un calendrier précis. Car lorsqu’il s’agit d’argent public, les explications doivent pouvoir être vérifiées.