Michel Ongoundou Loundah, ancien Sénateur Credit:© 2026 D.R./Le Radar
L’incendie qui a frappé les anciens locaux de l’OPT à Owendo, le 12 juillet dernier, a ravivé les inquiétudes autour de la sécurité des installations sensibles situées dans la périphérie de Libreville. Sans céder à l’alarmisme, cette tribune de l’ancien Sénateur, Michel Ongoundou Loundah, invite à s’interroger sur les risques industriels auxquels la capitale est exposée et sur les mesures nécessaires pour protéger les populations.
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Il suffit parfois de quelques kilomètres pour séparer un simple fait divers d’une catastrophe nationale.
Le violent incendie qui a ravagé, le dimanche 12 juillet hier, les anciens locaux de l’OPT à Owendo avant de se propager à plusieurs habitations voisines doit être considéré comme un véritable signal d’alarme. Les sapeurs-pompiers ont dû livrer un combat particulièrement difficile pour venir à bout des flammes. À lui seul, cet épisode devrait nous inviter à une réflexion profonde sur notre niveau de préparation face aux risques majeurs.
Selon les informations rapportées par Gabonreview.com dans un article publié le 13 juillet 2026, et corroborées par plusieurs témoignages recueillis sur les lieux, le sinistre aurait pris naissance au niveau de l’ancien site de l’Office des Postes et Télécommunications avant de se propager rapidement vers le quartier Bananier. Les causes exactes de l’incendie restent toutefois inconnues et devront être déterminées par l’enquête que mèneront les services compétents. Plusieurs riverains ont par ailleurs déploré le délai d’intervention des secours, estimant que leur arrivée tardive n’a pas permis d’éviter d’importants dégâts matériels. Malgré ces critiques, les sapeurs-pompiers sont finalement parvenus, au prix d’une intervention particulièrement difficile, à circonscrire les flammes et à empêcher leur propagation vers d’autres habitations avoisinantes.
Mais un autre élément, infiniment plus préoccupant, mérite aujourd’hui toute l’attention des pouvoirs publics.
À moins de cinq kilomètres seulement du lieu du sinistre se trouve les installations de la SGEPP (Société gabonaise d’Entreposage de Produits Pétroliers), où sont entreposées d’importantes quantités de gaz et d’hydrocarbures. Chacun comprend qu’un accident majeur sur un tel site pourrait avoir des conséquences humaines, environnementales, sanitaires et économiques considérables.
Personne ne prétend qu’un tel scénario est imminent. Mais l’histoire industrielle mondiale nous enseigne une leçon constante : les plus grandes catastrophes surviennent souvent dans des lieux où chacun était convaincu qu’elles ne pouvaient pas arriver.
L’explosion d’un dépôt d’hydrocarbures ou d’une installation gazière n’a rien d’un incendie ordinaire. Elle peut provoquer des explosions en cascade, des incendies secondaires, des émissions de substances toxiques, des destructions sur plusieurs dizaines de kilomètres et l’évacuation de populations entières. Le principe de précaution impose donc d’agir avant que le pire ne survienne, et non après.
Il est urgent que l’État mandate une expertise véritablement indépendante réunissant des spécialistes des risques industriels, de la sécurité civile, de l’ingénierie pétrolière, de la prévention incendie et de la protection de l’environnement. Leur mission devrait être claire : cartographier précisément les risques, modéliser les scénarios d’accidents majeurs, mesurer leurs conséquences potentielles pour les populations riveraines et formuler des recommandations opérationnelles. Une telle expertise ne saurait être une simple formalité administrative. Elle devrait être publique, transparente, contradictoire et régulièrement actualisée.
Au regard du caractère stratégique des installations de la SGEPP, il serait également opportun d’envisager leur intégration dans un périmètre de sécurité renforcé, bénéficiant d’une surveillance militaire permanente, 24h/24, appuyée par des moyens technologiques modernes : drones, systèmes de détection précoce, vidéosurveillance intelligente et contrôle rigoureux des accès.
Les inspections de sécurité devraient être fréquentes, indépendantes et parfois inopinées. En matière de risques industriels, la routine est souvent le premier ennemi de la sécurité.
Cette réflexion ne concerne d’ailleurs pas uniquement la SGEPP à Owendo. Dans le secteur des ACAE, en contrebas du pont de la Nomba, le site de stockage de gaz de Pétro Gabon mérite lui aussi une vigilance particulière. Certes, le niveau de risque n’est pas du tout comparable à celui d’un grand dépôt d’hydrocarbures. Mais sa proximité avec une usine de fabrication de matelas en mousse, dont les matériaux sont hautement inflammables, constitue un facteur aggravant qui justifie une évaluation spécifique ainsi qu’un renforcement des dispositifs de prévention.
À travers cette interpellation, nous souhaitons tout simplement ajouter, avec modestie, notre voix à celles, trop souvent inaudibles, des responsables QHSE (Qualité, Hygiène, Sécurité et Environnement) qui œuvrent quotidiennement au sein de ces entreprises. Dans la discrétion, ils identifient les risques, signalent les vulnérabilités, élaborent des procédures, proposent des mesures correctives et rappellent sans relâche les exigences de sécurité. Pourtant, leurs alertes et leurs recommandations ne sont pas toujours entendues ni pleinement prises en compte. Or, en matière de prévention des risques industriels, une alerte négligée aujourd’hui peut devenir la catastrophe de demain.
Dans toutes les grandes nations industrielles, les installations classées à risques font l’objet de plans d’urgence régulièrement testés, de contrôles indépendants, d’exercices de simulation et d’une surveillance permanente. Ce n’est pas une marque de défiance envers les exploitants. C’est l’expression d’une responsabilité collective envers les populations.
L’incendie d’avant-hier nous rappelle avec brutalité qu’une catastrophe n’annonce jamais son arrivée.
Elle révèle simplement, lorsqu’elle survient, le degré de préparation ou d’impréparation d’un pays.
Espérons que ce feu restera celui qui nous aura réveillés et non celui que l’avenir retiendra comme l’avertissement que personne n’a voulu écouter.
Par Michel Ongoundou Loundah