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Cancer du sein : après les campagnes d’Octobre Rose, quel suivi pour les femmes ?


Cancer du sein : après les campagnes d’Octobre Rose, quel suivi pour les femmes ?

Image illustration ( Internet) Credit:© 2026 D.R./Le Radar

Au Gabon, la lutte contre le cancer du sein ne saurait se limiter aux campagnes annuelles d’Octobre Rose. Alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) alerte sur près de 135 000 décès potentiels en Afrique subsaharienne d’ici 2040, la question de la continuité du dépistage et de l’accès aux traitements prend une importance particulière. Entre mobilisation ponctuelle, disponibilité des équipements spécialisés et nécessité d’un accompagnement médical durable, le véritable défi reste celui du suivi des femmes tout au long de l’année.

Cancer du sein : après les campagnes d’Octobre Rose, quel suivi pour les femmes ?

 

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) tire la sonnette d’alarme sur la progression du cancer du sein en Afrique subsaharienne. En l’absence de mesures urgentes, environ 135 000 femmes pourraient mourir de cette maladie d’ici 2040. Une perspective préoccupante qui souligne l’urgence de renforcer les dispositifs de prévention, de diagnostic précoce et de traitement.

 

Selon les données citées par l’agence sanitaire des Nations unies, seuls cinq des 47 pays d’Afrique subsaharienne disposent de programmes organisés de dépistage du cancer du sein. Dans les autres, les examens reposent largement sur des initiatives ponctuelles ou opportunistes, sans garantie d’un accès régulier pour les femmes concernées.

 

Au Gabon, où Octobre Rose constitue chaque année le principal temps fort de la mobilisation contre les cancers féminins, ces constats interrogent l’organisation et la permanence du dispositif national.

 

Au Gabon, Octobre Rose au cœur du dispositif

 

La lutte contre le cancer du sein s’appuie notamment sur le Programme national de lutte contre le cancer (PNLC), les structures sanitaires spécialisées et les campagnes de sensibilisation et de dépistage organisées chaque année.

 

Le cadre réglementaire prévoit également la mise en place de programmes nationaux de dépistage organisé pour plusieurs cancers, notamment ceux du sein, du col de l’utérus et colorectal. Le décret n° 0132/PR/MS du 18 mars 2025, dont la référence et les dispositions restent à confirmer à partir du texte officiel, s’inscrirait dans cette orientation.

 

Toutefois, l’existence de dispositions réglementaires et la multiplication des campagnes ne permettent pas, à elles seules, d’établir qu’un programme permanent de dépistage organisé fonctionne effectivement sur l’ensemble du territoire.

Pour l’édition 2026 d’Octobre Rose, environ 23 points de dépistage sont annoncés à travers le pays.

 
Dans la province de l’Estuaire, plusieurs établissements sont mobilisés, notamment l’Institut de cancérologie de Libreville, les centres hospitaliers universitaires de Libreville et d’Owendo, ainsi que d’autres structures sanitaires de la capitale et de ses environs.

 

À l’intérieur du pays, le dispositif annoncé concerne notamment les centres hospitaliers régionaux de Franceville, Lambaréné, Mouila, Tchibanga, Oyem, Makokou, Koulamoutou et Port-Gentil.

 

Ces campagnes contribuent à rapprocher les services de dépistage des populations et permettent parfois aux femmes de bénéficier d’examens gratuits. Leur utilité est réelle, particulièrement pour celles qui rencontrent des difficultés financières ou géographiques d’accès aux soins.

 

Reste cependant à savoir dans quelle mesure cette offre demeure accessible une fois les campagnes terminées.

 

Des capacités de traitement inégalement réparties

 

Le dépistage ne constitue que la première étape du parcours médical. Lorsqu’une anomalie est détectée, la patiente doit pouvoir bénéficier rapidement d’examens complémentaires, d’un diagnostic précis et, si nécessaire, d’un traitement adapté.

 

Au Gabon, l’Institut de cancérologie de Libreville (ICL), situé à Angondjé, dans la commune d’Akanda, constitue le principal établissement spécialisé dans la prise en charge des cancers. Il propose notamment des traitements par chimiothérapie et radiothérapie.

 

À l’échelle africaine, les capacités de traitement demeurent toutefois très inégalement réparties. Selon les données citées dans l’analyse de l’OMS, 27 pays disposent d’au moins un centre de cancérologie, tandis que les infrastructures spécialisées restent insuffisantes dans plusieurs régions du continent, notamment en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale.

 

Au Gabon, la concentration des équipements spécialisés autour de Libreville pose également la question de l’accessibilité des soins pour les femmes vivant dans les provinces.

 

Pour une patiente résidant à Oyem, Makokou, Tchibanga ou dans une localité rurale, les déplacements vers la capitale, les frais de séjour et la durée des traitements peuvent représenter des contraintes importantes.

 

Ces difficultés risquent de retarder les examens complémentaires ou de compromettre la régularité des soins, alors que la précocité du diagnostic et la continuité du traitement jouent un rôle déterminant dans les chances de guérison.

 

Après le dépistage, la question essentielle du suivi

 

L’efficacité des campagnes d’Octobre Rose ne peut être appréciée uniquement à partir du nombre de femmes sensibilisées ou dépistées.

 

Elle dépend également de la capacité du système sanitaire à accompagner celles dont les examens révèlent une anomalie.

 

Le suivi suppose une orientation rapide vers les spécialistes, la réalisation des investigations complémentaires, l’accès aux traitements prescrits et une surveillance médicale adaptée.

 

À cet égard, la disponibilité de données précises sur les résultats des campagnes apparaît essentielle.

 

Le nombre de femmes dépistées, celui des anomalies détectées, des diagnostics confirmés et des patientes effectivement prises en charge permettraient de mesurer plus rigoureusement l’efficacité du dispositif.

 

Ces informations contribueraient également à identifier les difficultés rencontrées entre le dépistage initial et l’accès aux soins spécialisés.

 

Une campagne peut enregistrer une forte participation sans que toutes les femmes nécessitant des examens complémentaires bénéficient nécessairement d’un suivi médical satisfaisant.

 

C’est pourquoi la continuité du parcours de soins constitue un indicateur aussi important que le volume des dépistages réalisés.

 

Inscrire la prévention dans la durée

 

 

Le défi pour le système de santé gabonais consiste désormais à garantir un accès régulier au dépistage, à améliorer la coordination entre les établissements et à faciliter la prise en charge des patientes, indépendamment de leur lieu de résidence.

 

Cela suppose notamment de renforcer les capacités des structures sanitaires provinciales, d’assurer la disponibilité des équipements et des personnels qualifiés, et de réduire les obstacles financiers susceptibles de retarder les consultations et les traitements.

 

La publication de bilans détaillés des campagnes d’Octobre Rose permettrait, par ailleurs, d’évaluer les progrès accomplis et de mieux orienter les politiques publiques.

 
Car si les campagnes annuelles jouent un rôle important dans la sensibilisation, leur efficacité dépend aussi de ce qu’elles produisent durablement pour les femmes concernées.

 
Au-delà des mobilisations d’octobre, l’enjeu reste de garantir à chaque femme un parcours médical continu, depuis le dépistage jusqu’au traitement et au suivi après les soins.

 
Le cancer du sein ne connaît pas de calendrier. Sa prévention et sa prise en charge ne peuvent donc attendre le prochain Octobre Rose.

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