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Ndjolé–Lalara : une route stratégique dès 1938, abandonnée aujourd’hui


Ndjolé–Lalara : une route stratégique dès 1938, abandonnée aujourd’hui

Michel Ongoundou Loundah, ancien Sénateur Credit:© 2026 D.R./Le Radar

Dans cette tribune, Michel Ongoundou Loundah revient sur un document d’archives consacré à Maurice de Costecaude, administrateur colonial mort en 1938 lors d’une mission sur la route Ndjolé–Alembé-Lalara. À travers ce témoignage historique, il interroge l’abandon actuel d’un axe stratégique dont l’importance territoriale et économique avait pourtant été identifiée depuis près de quatre-vingt-dix ans.

Ndjolé–Lalara : une route stratégique dès 1938, abandonnée aujourd’hui

À peine ma tribune sur la plaque oubliée de Maurice de Costecaude publiée, les réactions n’ont pas manqué. Parmi elles, celle d’une lectrice qui m’a fait la gentillesse de m’adresser un document ancien apportant de précieuses informations sur cet administrateur colonial, son parcours, sa mort et la route à laquelle son nom reste attaché.

Il s’agit d’une « Note individuelle de M. l’Administrateur en Chef des Colonies Jacoulet, Chef du Département de l’Ogooué Maritime ».

Ce document permet de comprendre que la route Ndjolé–Alembé-Lalara n’était pas considérée comme un simple axe local. Dès les années 1930, elle était pensée comme une voie stratégique reliant plusieurs régions du pays.

Un administrateur de 32 ans

Maurice de Costecaude Saint-Victor était adjoint principal des services civils et chef de la subdivision de Ndjolé. Il avait auparavant exercé à Cocobeach et dans la subdivision de Port-Gentil.

La note précise qu’il avait 32 ans et effectuait son troisième séjour au Gabon. Elle souligne sa connaissance des dossiers, sa rigueur et ses qualités d’organisateur. Le document permet de mesurer l’importance des responsabilités qui lui avaient été confiées.

Ndjolé, porte d’accès vers plusieurs régions

« A N’djolé, subdivision importante naguère chef lieu de circonscription commandant une vaste région et porte d’accès du Haut-Ogooué vers Booué, Lastoursville et Koula-Moutou futur débouché par ailleurs de la riche région du Woleu-Ntem quand la route sera terminée, M. de Costecaude avait trouvé une tâche à la mesure de sa valeur et de son expérience. »

Ce bout de texte démontre clairement que l’administration coloniale avait déjà tout compris. Ndjolé occupait une position centrale entre plusieurs parties du pays. La route vers Alembé et LaLara devait ouvrir le passage vers le Haut-Ogooué, par Booué, Lastoursville et Koulamoutou. Elle devait aussi devenir un débouché vers le Woleu-Ntem.

Près de quatre-vingt-dix ans plus tard, cette position géographique exceptionnelle demeure largement sous-exploitée.

« Sa route »

Le chantier confié à Maurice de Costecaude était redoutable. La route devait parcourir 38 kilomètres dans une région accidentée, couverte de forêts, faite de remblais, de tranchées et de virages.

Entre avril et octobre 1937, l’administrateur passait, selon la note, « 12 et 15 jours sur 30 » sur le terrain, entre Ndjolé, Meyong et Alembé, à la recherche du meilleur tracé. Il voulait éviter les ponts trop coûteux et les pentes excessives, incompatibles avec une route commerciale.

Le document parle de « sa route » et ajoute : « Beaucoup auraient reculé devant la tâche qu’accomplit alors M. de Costecaude. »

Il avait organisé le recrutement et le ravitaillement de 700 travailleurs. En quelques mois, 14 kilomètres sur les 38 prévus avaient été réalisés dans un relief particulièrement difficile.

Une mort en service commandé

Le 4 janvier 1938, Maurice de Costecaude accompagnait l’inspecteur des Affaires administratives Nicol pour visiter les chantiers de la route Ndjolé–Alembé et de son prolongement. Leur embarcation chavira dans les rapides de Bonga-Bonga. Le chef de subdivision se noya.

Son séjour était terminé depuis un mois. Son remplaçant avait été annoncé et il devait quitter le Gabon quelques jours plus tard. Son épouse embarqua seule.

La plaque découverte au bord de la route ne rappelle donc pas seulement un décès. Elle conserve la mémoire d’un homme et d’un axe dont l’importance économique et territoriale avait été comprise dès 1937.

Dans un pays où les noms de rues et d’édifices publics sont parfois attribués avec excès, et même sans véritable justification, Maurice de Costecaude mériterait d’avoir le sien quelque part à Ndjolé. Une rue ou un édifice public pourrait rappeler le rôle déterminant qu’il joua dans l’ouverture de l’axe Ndjolé–Alembé–Lalara. Son histoire, et surtout son rôle dans la construction de cet axe capital, devraient également être enseignés dans nos écoles, notamment au primaire. Cet administrateur n’a pas seulement travaillé à cette route. Il y a laissé sa vie.

Nous savions déjà

Cette archive rend l’abandon actuel encore plus incompréhensible. Depuis près de quatre-vingt-dix ans, la fonction stratégique de la liaison Ndjolé–Lalara est connue et documentée. Elle devait ouvrir Ndjolé vers le Haut-Ogooué et le Woleu-Ntem.

Aujourd’hui, l’axe est quasiment délaissé. La plaque de celui qui en fut présenté comme le premier artisan s’abîme dans l’ombre et la végétation.

Nous ne manquons ni de mémoire, ni de documents, ni de preuves. Nous manquons de volonté politique pour entretenir et valoriser ce que d’autres avaient déjà compris, tracé et commencé à construire.

Cette plaque oubliée raconte finalement deux abandons : celui d’un homme effacé de notre mémoire et celui d’une route dont l’importance avait été comprise avant même l’indépendance.

Michel Ongoundou Loundah

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