La marche de ce lundi 12 octobre 2026 à Mitzic , image Mitzic infos globales 241 l’info Credit:© 2026 D.R./Le Radar
À Mitzic, dans le département de l’Okano, on manque de routes praticables, d’eau, d’électricité, d’emplois, de structures sanitaires convenables et de perspectives pour la jeunesse. Mais on trouve encore des autorités disponibles pour encadrer une marche de remerciements après la nomination d’un ministre.
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Ce lundi 12 octobre 2026, des responsables administratifs, municipaux et départementaux ont défilé avec une partie de la population pour rendre hommage au chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, après l’entrée d’Emmanuel Eyeghe Nze au gouvernement a rapporté Mitzic infos globales 241 l’info sur sa page Facebook.
Qu’un ministre soit originaire de Mitzic peut satisfaire ses proches, ses soutiens et certains habitants. Quarante ans après Ngomo Obiang, cette nomination possède une valeur symbolique. Mais transformer une décision gouvernementale en événement historique, mobiliser les autorités et mettre une ville en procession révèle une conception bien pauvre de la République.
Un ministre n’est pas un cadeau offert à une localité. Il est nommé pour servir la nation.
La gratitude obligatoire
Le spectacle devient plus affligeant encore lorsque l’on observe le traitement réservé aux manifestations publiques. Les marches critiques sont découragées ou interdites. Celles qui célèbrent le pouvoir trouvent plus facilement une autorisation, des organisateurs, des officiels et parfois même toute la logistique nécessaire.
La rue gabonaise semble ainsi divisée en deux. Elle est suspecte lorsqu’elle porte une revendication. Elle devient fréquentable lorsqu’elle récite des remerciements.
Cette République de la gratitude organisée rabaisse les citoyens au rang de sujets reconnaissants. Elle entretient l’idée qu’une nomination ministérielle serait une faveur personnelle accordée par le chef de l’État à une communauté, comme si les fonctions publiques étaient distribuées entre territoires dociles.
Pendant la marche, les problèmes restent debout
Une autre image de la marche
Mitzic avait-elle besoin d’un défilé ou d’engagements précis sur ses routes, ses écoles, son hôpital, l’emploi de ses jeunes et son activité économique ?
La présence d’un ressortissant de la commune au gouvernement ne réparera aucune route par décret d’origine. Elle ne remplira aucun robinet, ne fournira aucun médicament et ne créera aucun emploi par simple proximité géographique.
Emmanuel Eyeghe Nze devra être jugé sur son action au ministère du Commerce, sur sa capacité à défendre les consommateurs, à lutter contre la vie chère et à remettre de l’ordre dans un secteur livré aux importations, aux marges opaques et aux contrôles intermittents. Son lieu de naissance ou ses attaches locales ne constituent ni un programme ni un bilan.
La marche de Mitzic offre surtout l’image d’un pouvoir que l’on remercie avant même qu’il ait produit des résultats. Des autorités défilent, des participants applaudissent et la ville continue de manquer de l’essentiel.
La scène évoque ces cérémonies de Corée du Nord où l’administration et la population doivent célébrer chaque décision du dirigeant comme une grâce. La comparaison est sévère. Le spectacle offert à Mitzic l’est davantage encore pour la dignité du citoyen gabonais.
Mitzic n’avait pas besoin de marcher pour remercier. Elle avait besoin que l’État marche enfin pour elle.
