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Gabon 2026 : transcender les fractures pour retrouver l’essentiel


Gabon 2026 : transcender les fractures pour retrouver l’essentiel

Michel Ongoundou Loundah, ancien Sénateur Credit:© 2026 D.R./Le Radar

À l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance du Gabon, les messages d’Ali Bongo Ondimba et de Michel Ongoundou Loundah révèlent d’étonnants points de convergence autour du dialogue, de l’apaisement et de l’unité nationale. « Je ne renie rien de mes combats passés. Mais lorsque, par-delà les fractures, des paroles se rejoignent sur l’essentiel, l’honnêteté commande de le dire », écrit Michel Ongoundou Loundah, qui s’en explique dans cette tribune.

Gabon 2026 : transcender les fractures pour retrouver l’essentiel

La politique réserve parfois d’étranges contre-pieds. C’est aussi ce qui la rend déroutante.

Pendant les quatorze années où Ali Bongo Ondimba a exercé le pouvoir, je n’ai lu aucun de ses textes et n’ai pratiquement jamais écouté ses discours. J’étais profondément opposé à sa gouvernance et je ne ressentais aucune nécessité de m’attarder sur sa parole politique. Ironie de l’histoire, je me retrouve aujourd’hui, après son départ du pouvoir, à lire attentivement son message à l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance du Gabon. Et non seulement à le lire, mais à l’analyser.

Plus étonnant encore, j’y retrouve plusieurs idées qui rejoignent celles que j’ai moi-même défendues, à la même occasion, dans ma tribune appelant les Gabonais à se parler.

 

Ne plus nourrir les querelles

Ali Bongo écrit avoir fait le choix de « ne pas nourrir ces querelles byzantines », de ne pas « prêter le flanc au désordre ni à la dispute inutile ». Il ajoute que son seul souhait est que « notre pays avance ».

Sur ce point, la convergence est difficile à ignorer. Je suis d’autant plus à l’aise pour la reconnaître que, dans mon parcours politique, je me suis toujours efforcé de ne jamais faire du désaccord une affaire de personnes. Mes combats ont pu être durs, mes oppositions parfois radicales, mais j’ai toujours voulu les situer sur le terrain des idées, des convictions et de la conception que chacun se fait de l’intérêt du pays. Certains de mes compagnonnages, parfois inattendus, en témoignent mieux que de longs discours.

Avant 2009, j’ai été l’un des adversaires les plus acharnés d’André Mba Obame, l’un de ses contempteurs les plus résolus. Nous nous sommes combattus politiquement sans ménagement.

Puis vint 2009.

Les circonstances, les combats communs, mais surtout la découverte de l’homme derrière l’adversaire ont bouleversé cette relation. Ce qui aurait pu n’être qu’un rapprochement politique est devenu tout autre chose. Une relation personnelle, affective, d’une proximité que je n’aurais jamais imaginée quelques années auparavant. Presque fusionnelle.

La politique nous avait opposés. La vie nous a rapprochés.

Et puisque son nom revient sous ma plume, je veux m’arrêter un instant pour saluer la mémoire du président André Mba Obame.

Le temps emporte les colères, relativise les affrontements et laisse parfois apparaître ce que le tumulte politique empêchait de voir. Derrière nos divergences d’hier demeure pour moi le souvenir d’un homme avec lequel j’ai partagé des convictions, des espérances, des épreuves, mais aussi quelque chose de plus rare et de plus précieux, une véritable affection.

Il n’est plus là pour raconter cette histoire avec moi. Mais certaines absences continuent de parler. Certaines amitiés survivent aux hommes. Certains compagnonnages nous apprennent aussi qu’en politique, combattre les idées de quelqu’un ne devrait jamais conduire à lui retirer son humanité. C’est aussi pour cela qu’aujourd’hui je peux reconnaître, sans gêne et sans renier une seule de mes convictions, que sur certains points précis, Ali Bongo et moi faisons le même constat.

Reconnaître une convergence n’est pas se renier. C’est accepter que l’intérêt du pays puisse, à certains moments, transcender les fractures.

Nous asseoir. Nous parler.

Dans ma propre tribune, publiée le 16 août, j’appelais à sortir de cette société de crispation permanente où majorité et opposition, anciens et nouveaux, vainqueurs et vaincus finissent par ne plus se parler qu’à travers l’invective, la suspicion, les procédures judiciaires ou les règlements de comptes. Je proposais quelque chose de beaucoup plus simple : Nous asseoir. Nous parler. Entre Gabonais.

Non pour effacer les responsabilités, réécrire l’Histoire ou abolir les désaccords. Mais parce qu’aucun pays ne peut indéfiniment construire son avenir dans la colère et l’affrontement. Le dialogue ne consiste pas à demander à chacun d’oublier ce qu’il pense, ce qu’il a vécu ou ce qu’il reproche à l’autre. Il consiste à admettre qu’après les désaccords, après les blessures, après les combats, il reste quelque chose de plus grand que chacun de nous. Le Gabon.

 

Écouter, débattre, reconstruire

Un autre passage du message mérite attention. Parlant du PDG, Ali Bongo estime qu’il lui appartient désormais de « se renouveler profondément », d’« écouter les Gabonais », d’apprendre de son propre parcours et de contribuer à l’existence d’une « opposition responsable » et d’une « alternative crédible ». Il s’adresse également à la jeunesse en l’invitant à prendre sa place, à se former, à s’engager, à « débattre, proposer, construire ». Là encore, quelque chose rejoint profondément l’esprit de mon propos. Une démocratie digne de ce nom ne peut fonctionner durablement dans l’anéantissement de l’autre. Elle suppose une majorité, une opposition, des voix critiques, des désaccords, parfois même des confrontations vigoureuses. Mais elle suppose aussi des espaces où ces désaccords peuvent s’exprimer sans que chaque contradiction devienne une guerre et chaque adversaire un ennemi à abattre.

Le dialogue n’est pas la capitulation. L’apaisement n’est pas l’oubli. La réconciliation n’oblige personne à renoncer à ses convictions. C’est même tout le contraire. On ne dialogue véritablement qu’avec celui dont on accepte qu’il puisse penser autrement que soi.

 

« Le Gabon nous dépasse tous »

Cette phrase donne son titre au message d’Ali Bongo est probablement celle qui résume le mieux cette convergence inattendue. C’est, au fond, exactement ce que je tentais de dire autrement. Ali Bongo appelle à dépasser « nos différences, nos parcours et nos opinions ». Il rappelle que notre pays s’est parfois sauvé davantage par l’union de ses fils et de ses filles que par leurs divisions.

On peut discuter son bilan. On peut conserver intactes ses critiques sur les quatorze années durant lesquelles il a dirigé le Gabon. Je conserve les miennes. La lecture de ce message ne les efface nullement. Mais l’honnêteté intellectuelle commande aussi de reconnaître une parole lorsqu’elle va dans le bon sens. Et lorsque deux personnes que tout a politiquement opposées finissent, depuis des endroits radicalement différents, par prononcer presque au même moment les mêmes mots — dialogue, écoute, apaisement, débat, unité nationale — peut-être faut-il moins s’interroger sur celui qui parle que sur ce que cette convergence révèle de l’état de notre pays.

Invité personnel du président Brice Clotaire Oligui Nguema aux festivités du 66e anniversaire de l’indépendance du Gabon, le président congolais Félix Tshisekedi a choisi Libreville pour réaffirmer son appel à un grand dialogue national dans une RDC pourtant déchirée par la guerre. Le symbole est fort. Et il devrait parler aux Gabonais.

Peut-être cette convergence révèle-t-elle surtout une urgence. Le Gabon a besoin de se parler. Il a besoin de sortir de cette mécanique épuisante où chaque désaccord appelle une riposte, chaque parole une surenchère, chaque blessure une nouvelle blessure.

Soixante-six ans après l’indépendance, nous devrions avoir suffisamment vécu, suffisamment souffert de nos divisions et suffisamment appris de notre histoire pour comprendre qu’un pays ne se construit pas seulement avec ceux qui pensent pareil. Il se construit avec tous ses enfants.

Le temps est peut-être venu de transcender nos fractures pour retrouver l’essentiel.

Et l’essentiel porte un nom. Le Gabon.

 

Michel Ongoundou Loundah

 

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