Lionel Giovanni Boulingui, devant le tribunal accompagné de son avocat et quelques jeunes venus le soutenir Credit:© 2026 D.R./Le Radar
Le tribunal judiciaire de Tchibanga a examiné, jeudi 24 septembre, l’affaire opposant Lionel Giovanni Boulingui à la société Marion Minerals, qui le poursuit pour diffamation. Mais au fil des débats, le procès a largement dépassé la seule question des propos diffusés sur les réseaux sociaux.
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Très engagé sur le terrain comme acteur social, notamment dans la Nyanga où il intervient régulièrement sur des questions touchant aux conditions de vie des populations et à l’état des infrastructures, Giovanni Boulingui est également porte-parole du parti Ensemble pour le Gabon (EPG).
À l’origine de l’affaire, une vidéo dans laquelle Giovanni Boulingui donnait la parole à de jeunes Gabonais recrutés par Marion Minerals et s’interrogeait sur leurs conditions de travail. Poursuivi pour diffamation, il risque, selon les réquisitions rapportées à l’audience, un an d’emprisonnement et un million de francs CFA d’amende.
Des témoignages qui déplacent le débat
L’audience a surtout permis d’entendre plusieurs travailleurs. Deux témoins de la défense ont affirmé avoir commencé à travailler pour Marion Minerals en mars 2025 sans contrat écrit. Selon leurs déclarations, les premiers contrats ne leur auraient été remis que plusieurs mois plus tard. Le témoin présenté par l’entreprise, responsable QHSE, a confirmé leur recrutement dès mars 2025, tout en indiquant qu’ils avaient alors le statut de journaliers.
Ces éléments devront naturellement être appréciés par la justice. Mais ils posent une question qui dépasse largement le cas de Giovanni Boulingui : comment une société exploitant les ressources naturelles gabonaises traite-t-elle les Gabonais qu’elle emploie ?
Le Gabon ne peut pas réclamer davantage de transformation locale de ses matières premières, ouvrir son sous-sol aux investisseurs et, dans le même temps, fermer les yeux lorsque des travailleurs dénoncent des pratiques qu’ils estiment contraires à leurs droits.
Quand celui qui alerte devient celui que l’on poursuit
L’autre enseignement de cette audience concerne les pouvoirs publics. Selon un témoin, les travailleurs avaient auparavant sollicité plusieurs administrations, notamment l’Inspection du travail, sans obtenir satisfaction. Si ces déclarations sont établies, elles soulèvent une interrogation sérieuse sur le fonctionnement des institutions chargées précisément de protéger les salariés et de faire respecter la législation sociale.
Le contraste est difficile à ignorer. Des travailleurs disent avoir cherché secours auprès de l’administration. Un citoyen leur donne ensuite la parole. Et c’est ce citoyen qui se retrouve devant le tribunal.
Cela ne dispense évidemment personne de répondre de propos éventuellement diffamatoires. Mais la justice ne doit pas devenir l’endroit où l’on fait taire les questions que l’administration aurait dû examiner plus tôt.
Les sociétés qui exploitent le marbre, le manganèse, l’or, le pétrole, le bois ou toute autre richesse nationale ne viennent pas seulement chercher une ressource. Elles doivent respecter les travailleurs, la législation gabonaise et les communautés au milieu desquelles elles exercent leurs activités.
Et l’État, de son côté, ne peut se contenter d’accorder des autorisations d’exploitation. Son premier devoir consiste à s’assurer que l’exploitation des richesses du Gabon ne se fasse jamais au détriment des Gabonais.
Le tribunal rendra sa décision le 29 septembre. Au-delà du sort judiciaire de Giovanni Boulingui, cette affaire aura déjà posé une question essentielle : au Gabon, qui protège réellement le travailleur lorsque celui-ci se retrouve face à une entreprise exploitant les richesses de son propre pays ?