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Réseaux sociaux : Abidjan veut monétiser, Libreville persiste dans la suspension


Réseaux sociaux : Abidjan veut monétiser, Libreville persiste dans la suspension

Photo (Illustration) Credit:© 2026 D.R./Le Radar

Pendant qu’Abidjan négocie avec Meta pour permettre à ses créateurs de contenus de gagner de l’argent, Libreville maintient les réseaux sociaux sous suspension. D’un côté, une volonté affichée de développer l’économie numérique et ses nouveaux métiers ; de l’autre, des restrictions qui fragilisent des milliers d’activités commerciales et professionnelles. Deux capitales, deux orientations qui illustrent des approches profondément différentes du potentiel économique des plateformes numériques.

Réseaux sociaux : Abidjan veut monétiser, Libreville persiste dans la suspension

 
Le 1er octobre 2026, le gouvernement ivoirien et le groupe Meta ont engagé des discussions autour de la monétisation des contenus numériques. L’objectif est de mieux structurer l’économie créative, d’encourager l’entrepreneuriat digital et de permettre aux créateurs de tirer des revenus plus réguliers de leurs productions sur les plateformes du groupe américain.

 
À Abidjan, il s’agit donc d’explorer les moyens de transformer davantage l’audience numérique en valeur économique, dans un secteur où émergent de nouvelles activités et de nouvelles perspectives d’emploi.

 
À Libreville, en revanche, la question demeure celle de l’accès même à ces plateformes. Depuis le 17 février 2026, la Haute Autorité de la Communication (HAC) a ordonné la suspension des réseaux sociaux sur l’ensemble du territoire national, « jusqu’à nouvel ordre », invoquant notamment la diffusion récurrente de contenus jugés haineux, diffamatoires, injurieux ou inappropriés.

 
Plus de sept mois après, ce contraste apparaît d’autant plus saisissant que les restrictions gabonaises touchent également des activités économiques parfaitement légales, dont le fonctionnement repose largement sur les outils numériques.

 
À Abidjan, des perspectives de revenus ; à Libreville, des activités fragilisées

 
Au Gabon, les réseaux sociaux ne constituent plus de simples espaces de divertissement. Ils sont devenus de véritables instruments de travail pour une multitude de petits opérateurs économiques.

 
Boutiques de vêtements, vendeurs de cosmétiques et d’accessoires, couturiers, coiffeurs, esthéticiennes, restaurateurs, photographes, vidéastes, organisateurs d’événements, services de livraison : nombre de ces professionnels utilisent Facebook, Instagram ou WhatsApp pour présenter leurs produits, recevoir des commandes, fidéliser leur clientèle et développer leurs activités.

 
S’y ajoutent les artistes, musiciens, humoristes, créateurs de contenus, agences de communication, community managers, professionnels du marketing digital et médias indépendants, dont la visibilité dépend en grande partie de ces plateformes.

 
Pour certains, les réseaux sociaux représentent même leur principale vitrine commerciale, parfois développée faute de moyens pour disposer d’un local physique ou financer des campagnes publicitaires traditionnelles.

 
Leur suspension prolongée expose ainsi ces activités à une perte de visibilité, à une diminution des opportunités commerciales et à une fragilisation de leurs revenus.

 
Le recours aux VPN permet certes à une partie des utilisateurs de contourner les restrictions, mais ne constitue pas une solution satisfaisante pour assurer durablement le fonctionnement d’une activité professionnelle.

 
À cette situation s’ajoute le coût de la connexion. De nombreux consommateurs constatent qu’ils doivent désormais consacrer davantage d’argent à leurs forfaits Internet pour des durées d’utilisation de plus en plus réduites.

 
Le paradoxe est donc particulièrement frappant : pendant que la Côte d’Ivoire cherche à améliorer les conditions de rémunération des acteurs de son économie numérique, les professionnels gabonais concernés doivent encore composer avec les obstacles à l’utilisation normale de leurs outils de travail.

 
Régulation numérique : deux priorités qui interrogent

 
Au Gabon, des discussions auraient également été engagées avec Meta afin de parvenir à un cadre formel de régulation des plateformes. De nouvelles mesures d’encadrement auraient par ailleurs été envisagées, notamment concernant l’accès des mineurs aux réseaux sociaux.

 
La lutte contre les contenus illicites, la désinformation et les abus en ligne constitue un enjeu auquel les États sont légitimement confrontés. Reste cependant posée la question de la proportionnalité des mesures adoptées, particulièrement lorsque celles-ci affectent indistinctement les utilisateurs et les professionnels dont les activités dépendent de ces plateformes.

 
L’initiative ivoirienne et la situation gabonaise mettent ainsi en lumière deux priorités différentes.

 
À Abidjan, les discussions portent sur les conditions permettant aux créateurs de mieux valoriser économiquement leur présence en ligne. À Libreville, l’enjeu immédiat demeure le rétablissement d’un accès normal aux plateformes, préalable indispensable à l’exercice de nombreuses activités numériques.

 
Cette divergence soulève une interrogation plus large sur les perspectives de développement du secteur au Gabon, notamment pour une jeunesse régulièrement encouragée à entreprendre, à innover et à créer ses propres emplois.

 
Car au-delà de la liberté d’expression et du droit à l’information, c’est également toute une économie de proximité, portée par de petites initiatives individuelles, qui se trouve concernée.

 
Pendant qu’Abidjan réfléchit à la manière de permettre aux créateurs de contenus de mieux vivre des réseaux sociaux, Libreville doit encore résoudre une question autrement plus élémentaire : leur permettre d’y travailler normalement.

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