Michel Ongoundou Loundah lors d’une manifestation devant l’ambassade du Gabon à Paris en 2019 Credit:© 2026 D.R./Le Radar
À l’heure où le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, entame sa première visite d’État en France, l’ancien Sénateur Michel Ongoundou Loundah rappelle que cet exercice dépasse le simple protocole. Pour lui, derrière les honneurs, les images officielles et les déclarations d’usage, c’est le contenu réel des échanges qui retiendra l’attention. Car, en diplomatie, ce sont moins les cérémonies que les résultats qui entrent dans l’histoire.
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À quelques heures du début effectif de la visite d’État de Brice Clotaire Oligui Nguema en France, le voile est enfin levé sur son véritable contenu. Selon Jeune Afrique, deux dossiers domineront les échanges avec Emmanuel Macron : la transformation locale du manganèse et la rétrocession du camp militaire français de Libreville.
Deux sujets importants, certes. Mais deux sujets qui auraient tout aussi bien pu être traités lors d’une réunion de travail entre les ministres et les experts des deux pays, sans mobiliser trois jours de cérémonial, une délégation pléthorique et des dépenses considérables.
Le reste tient davantage du remplissage que de la diplomatie : rencontres avec la diaspora, spectacles d’artistes gabonais pompeusement rebaptisés « diplomatie culturelle », dépôts de gerbes, poignées de main, séances photos et banquets où l’on échange surtout des politesses. Lorsque les dossiers sont maigres, le folklore diplomatique devient souvent le principal argument.
Le protocole ne remplace pas une politique
Sur le fond, les deux dossiers affichent davantage d’ambition que de consistance. La transformation locale du manganèse constitue un objectif légitime. Encore faut-il disposer de l’électricité, des infrastructures, des financements, des technologies et des compétences nécessaires. Un pays qui peine déjà à alimenter ses propres foyers en électricité ne bâtit pas une industrie par de simples rodomontades oratoires. Les incantations ne produisent ni usines, ni mégawatts.
Quant à la rétrocession du camp militaire français, elle relève moins de l’exploit diplomatique que du rattrapage tardif d’une situation héritée de l’époque coloniale. La souveraineté ne consiste pas à célébrer avec emphase la restitution de ce qui appartient déjà au territoire national. Le véritable débat concerne les futures modalités de la coopération militaire entre les deux États, sujet sur lequel les annonces demeurent remarquablement discrètes.
Après le vacarme, la sobriété
Après des semaines d’annonces triomphales, d’appels à la mobilisation et de communication effervescente, la réalité s’est révélée beaucoup plus modeste.
À sa descente d’avion, le président gabonais a été accueilli par Marie-Pierre Rixain, ministre française chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, ainsi que par l’ambassadeur de France au Gabon.
Un accueil d’une sobriété et d’une froideur saisissantes au regard du vacarme entretenu depuis plusieurs semaines à Libreville et dans une partie de la communauté gabonaise en France. Là où certains annonçaient presque un moment historique, Paris n’a offert qu’une banale séquence protocolaire. La diplomatie française, elle, n’a manifestement pas jugé nécessaire de participer à la surenchère ridicule de certaines officines gabonaises.
Bilie-By-Nze, l’invité invisible de l’Élysée
Pendant ce temps, une autre question accompagnera inévitablement cette visite : celle de l’incarcération scandaleuse d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, principal opposant au régime, dans un contexte marqué par les restrictions des libertés publiques. Ce dossier pèsera bien davantage sur l’image du Gabon que toutes les images prises sur le tapis rouge.
Le plus paradoxal est que ce grotesque ballet des illusions mobilise des moyens astronomiques, financés par un État qui peine pourtant à assurer les services les plus élémentaires à sa population. À défaut de résultats, on investit dans le spectacle. À défaut de substance, on finance la mystification.
Une visite d’État n’est pas un festival. Le tapis rouge impressionne peut-être les caméras, mais certainement pas les peuples qui, eux, ne vivent ni des banquets, ni des gerbes de fleurs.
C’est donc uniquement à l’aune de ce qu’elle rapportera concrètement aux Gabonais que cette visite d’Etat devra être évaluée, et non au nombre de tapis rouges foulés ou de banquets servis.
En diplomatie comme en politique, les cérémonies passent. Seuls les résultats demeurent.
Par Michel Ongoundou Loundah