Image illustrative des comprimés appelés « kobolos » ( Internet) Credit:© 2026 D.R./Le Radar
Au Gabon, la montée des addictions, notamment liées à la consommation de drogues, suscite une inquiétude croissante. Le phénomène touche désormais aussi bien les quartiers défavorisés que les établissements scolaires, exposant particulièrement les jeunes.
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Sur le terrain, les constats sont alarmants. La drogue circule de plus en plus librement, tandis que les dispositifs publics peinent à suivre l’ampleur du problème. Plusieurs observateurs dénoncent l’absence d’un véritable plan national de lutte contre les addictions, pourtant responsables de nombreux troubles mentaux et de violences, notamment en milieu scolaire.
Face à ce vide, des initiatives individuelles émergent. Des psychologues, à l’instar du Dr Dope Koumou R., d’Abessolo Ondo, d’Ongoundou Loundah Yassine ou encore de Mboussou M., se mobilisent pour documenter et prendre en charge ce fléau. Leur étude, menée entre avril et mai 2024 dans la province de l’Estuaire, met en lumière l’ampleur du phénomène.
Le document des psychologues au sujet des addictions au Gabon
Selon leurs conclusions, les troubles liés à l’usage de substances addictives constituent un enjeu majeur de santé publique, avec des répercussions médicales, psychologiques et sociales importantes. Ils représenteraient à eux seuls 70 % des motifs de prise en charge recensés.
Dans le même temps, l’offre de soins reste extrêmement limitée. Le pays ne compte que deux structures spécialisées : la clinique du Dr Louma, à Mindoumbé (Libreville), et le centre dirigé par la psychologue Yassine Ongoundou Loundah. Une capacité largement insuffisante face à la demande.
La clinique du Dr Louma à Libreville
En pratique, de nombreuses familles se retrouvent démunies lorsqu’un proche est en crise liée à la consommation de substances psychotropes. Faute d’alternatives, elles se tournent vers l’hôpital psychiatrique de Melen, dont la vocation principale reste la prise en charge de pathologies mentales lourdes, et non des addictions.
Les données recueillies sur la période étudiée font état de 1 020 prises en charge psychosociales de longue durée, contre seulement 19 interventions de courte durée et une unique action d’aide à l’emploi, illustrant les limites du dispositif actuel.
Dans leurs recommandations, les spécialistes plaident pour une réponse structurée et coordonnée. Ils appellent notamment à l’élaboration d’une politique nationale en matière d’addictologie, au renforcement des actions de prévention, à la création de centres spécialisés et à la mise en place de programmes de réinsertion socioprofessionnelle.
Un chantier d’envergure, alors que les addictions s’imposent progressivement comme l’un des défis majeurs de santé publique au Gabon.

